{"id":25336,"date":"2019-09-20T21:17:24","date_gmt":"2019-09-20T19:17:24","guid":{"rendered":"http:\/\/www.vincenzopaglia.it\/?p=25336"},"modified":"2019-10-03T15:30:18","modified_gmt":"2019-10-03T13:30:18","slug":"la-famiglia-e-la-protezione-della-vita","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.vincenzopaglia.it\/index.php\/la-famiglia-e-la-protezione-della-vita.html","title":{"rendered":"La famille et la protection de la vie"},"content":{"rendered":"<p><em>Une situation paradoxale<\/em><\/p>\n<p>Le d\u00e9bat actuel sur la famille se concentre chaque jour davantage sur une question de fond\u00a0: la famille, con\u00e7ue comme l\u2019union stable entre un homme et une femme et avec leurs enfants (certaines \u00e9tudes l\u2019ont d\u00e9sign\u00e9e comme <em>norme constitu\u00e9e<\/em>), est-elle encore une ressource pour la personne et pour la soci\u00e9t\u00e9, ou bien est-elle seulement la survivance du pass\u00e9 qui fait obstacle tant \u00e0 l\u2019\u00e9mancipation des individus qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9mergence d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 plus libre, plus \u00e9galitaire et plus heureuse\u00a0? C\u2019est une question qui n\u00e9cessite, sans aucun doute, d\u2019un d\u00e9bat th\u00e9orique et qui met \u00e9galement en lumi\u00e8re la situation historique de la famille d\u2019aujourd\u2019hui, une situation que l\u2019on pourrait qualifier de paradoxale.<\/p>\n<p>D\u2019un c\u00f4t\u00e9, en effet, on continue d\u2019attribuer aux liens familiaux une grande valeur, or il ne fait aucun doute qu\u2019il en soit ainsi\u00a0: m\u00eame avec toutes ses contradictions, le d\u00e9sir d\u2019avoir une famille reste l\u2019une des plus grandes priorit\u00e9s de la majorit\u00e9 des personnes. De l\u2019autre, les liens se rel\u00e2chent, les ruptures conjugales sont toujours plus fr\u00e9quentes et entra\u00eenent l\u2019absence de l\u2019un des deux parents\u00a0; les familles se dispersent, se divisent et se recomposent, au point que je suis d\u2019accord avec Xavier Lacroix lorsqu\u2019il \u00e9crit\u00a0: \u00ab\u00a0la d\u00e9flagration des familles est le premier probl\u00e8me de la soci\u00e9t\u00e9 moderne\u00a0\u00bb (<em>De chair et de parole. Fonder la famille<\/em>, Paris 2007).<\/p>\n<p>Il est vrai que lorsque l\u2019on parle de famille, il nous vient \u00e0 l\u2019esprit un certain mod\u00e8le, \u00e0 savoir celui de la famille d\u2019o\u00f9 nous provenons, et qui a connu son apog\u00e9e \u2013 en tout cas en Europe et en Occident \u2013 durant la premi\u00e8re moiti\u00e9 du 20<sup>\u00e8me<\/sup> (vingti\u00e8me) si\u00e8cle\u00a0: c\u2019est-\u00e0-dire une famille unie, souvent nombreuse, et dont les valeurs li\u00e9es \u00e0 l\u2019amour s\u2019harmonisent avec celles des institutions civiles (L. Roussel, <em>La famille incertaine<\/em>, Paris 1989). On dit que cette image n\u2019est plus la seule r\u00e9f\u00e9rence et que la soci\u00e9t\u00e9 ne lui est plus favorable. Pire encore, la multiplication des diff\u00e9rentes formes de famille est devenue chaque jour plus \u00e9vidente. Les individus peuvent \u00ab\u00a0faire famille\u00a0\u00bb de multiples mani\u00e8res, toute forme du \u00ab\u00a0vivre ensemble\u00a0\u00bb peut \u00eatre revendiqu\u00e9e comme une \u00ab\u00a0famille\u00a0\u00bb, l\u2019important \u2013 comme on dit \u2013 c\u2019est l\u2019amour. Dans de telles circonstances, la famille n\u2019est pas reni\u00e9e, mais elle est plac\u00e9e \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des nouvelles formes de vie et d\u2019exp\u00e9riences relationnelles qui sont <em>apparemment<\/em> compatibles avec elle, m\u00eame si en r\u00e9alit\u00e9 elle la <em>d\u00e9p\u00e8ce<\/em>, au point qu\u2019Henri L\u00e9ridon, le c\u00e9l\u00e8bre d\u00e9mographe fran\u00e7ais, d\u00e9clare : \u00ab\u00a0Notre soci\u00e9t\u00e9 n\u2019est pas en train d\u2019exp\u00e9rimenter de nouveaux mod\u00e8les mais est en train de piller le mod\u00e8le traditionnel\u00a0\u00bb (<em>Le Figaro<\/em>, 4 Mai 2000).<\/p>\n<p><em>La famille en Afrique<\/em><\/p>\n<p>Ce n\u2019est gu\u00e8re ici le lieu adapt\u00e9 pour d\u00e9crire la condition dans laquelle se trouve la famille en Afrique ou dans la r\u00e9gion des Grands Lacs. Je crois qu\u2019il est toutefois difficile de parler aujourd\u2019hui d\u2019une famille africaine. Il nous faut plut\u00f4t parler des familles africaines, m\u00eame si la famille africaine en g\u00e9n\u00e9ral n\u2019a pas encore perdu ses grandes valeurs. La famille est, depuis toujours, le fondement de la soci\u00e9t\u00e9, un lieu d\u2019\u00e9ducation o\u00f9 les valeurs culturelles et spirituelles sont transmises. Une famille \u00e9largie qui inculque aux enfants les attitudes et les comportements communautaires. La famille traditionnelle africaine garde un sens profond de la culture de la vie, qui est sacr\u00e9e parce que chaque vie est un don de Dieu.<\/p>\n<p>Pour Saint Jean-Paul II, le Pape de la Famille, comme lui-m\u00eame a voulu l\u2019\u00eatre appel\u00e9, \u00ab\u00a0l\u2019avenir du monde et de l\u2019\u00c9glise passe par la famille, premi\u00e8re cellule de la communaut\u00e9 eccl\u00e9siale vivante, mais aussi celle de la soci\u00e9t\u00e9.\u00a0\u00bb La famille est aujourd\u2019hui l\u2019une des pr\u00e9occupations majeures du Pape Fran\u00e7ois qui, selon mon avis, a besoin de tout notre soutien pour l\u2019aider \u00e0 transformer la soci\u00e9t\u00e9 en portant l\u2019\u00c9vangile dans les familles, car l\u2019Afrique qui n\u2019est pas en marge de la mondialisation, doit pr\u00e9server les valeurs de la famille, tr\u00e9sor et ressource de la soci\u00e9t\u00e9 et de toute l\u2019humanit\u00e9. Avec le parcours des exhortations post-synodales du Pape Paul VI (<em>Africae Terrarum, <\/em>20 Octobre\u00a01967), de Saint Jean-Paul II (<em>Ecclesia in Africa, <\/em>14 Septembre 1995) et du Pape Beno\u00eet XVI (<em>Africa Munus<\/em>), force est de reconna\u00eetre qu\u2019une attention particuli\u00e8re a toujours \u00e9t\u00e9 accord\u00e9e \u00e0 la famille.<\/p>\n<p>Ainsi, nous pouvons convenir avec le Professeur Albert T\u00e9vo\u00e9djr\u00e8 dans son livre \u00ab\u00a0<em>Le bonheur de servir\u00a0: R\u00e9flexions et rep\u00e8res\u00a0\u00bb <\/em>que \u00ab\u00a0pour les chr\u00e9tiens la\u00efcs, dans une Afrique ballott\u00e9e par des courants divers, d\u00e9fendre la famille, telle qu\u2019elle est voulue par Dieu lui-m\u00eame, n\u2019est pas seulement un acte de coh\u00e9rence avec leur foi\u2026 c\u2019est pr\u00e9server les fondements m\u00eames de la soci\u00e9t\u00e9 et de tout vrai d\u00e9veloppement\u00a0\u00bb. Or, les menaces qui p\u00e8sent sur la famille aujourd\u2019hui en Afrique sont innombrables\u00a0: la dissolution des m\u0153urs, les atteintes \u00e0 l\u2019unicit\u00e9 du mariage\u00a0; le rel\u00e2chement des liens entre les membres de la famille\u00a0; la prolif\u00e9ration des unions de fait, mais aussi la mis\u00e8re, le ch\u00f4mage croissant qui ne permettent pas aux parents d\u2019assumer convenablement leurs responsabilit\u00e9s.<\/p>\n<p>Nous devons \u00eatre vigilants et lutter, et cela est tout \u00e0 fait possible et vous le savez parfaitement bien, parce que nous nous abreuvons tous \u00e0 la m\u00eame source, \u00e0 savoir celle de J\u00e9sus et de l\u2019\u00c9vangile. Permettez-moi de dire que ces moments que nous vivons sous le pontificat du Pape Fran\u00e7ois sont un <em>Kairos<\/em>, tout comme l\u2019ont \u00e9t\u00e9 \u00e9galement les autres pontificats. Nous sommes aid\u00e9s par ces discours qui nous pr\u00e9c\u00e8dent. Mais nous ne sommes pas sans ignorer qu\u2019en Afrique, les familles subissent des pressions ext\u00e9rieures, telles que l\u2019id\u00e9ologie de la th\u00e9orie du genre, les pratiques de l\u2019avortement et ainsi de suite, qui repr\u00e9sentent de dures atteintes \u00e0 nos familles et qui font que celles-ci l\u00e8vent leur regard vers nous. Sans oublier, par ailleurs, les pressions internes. Nous pourrions ainsi parler du probl\u00e8me de la dot et des r\u00e9sistances ethniques, et de bien d\u2019autres ph\u00e9nom\u00e8nes encore.<\/p>\n<p>Alors que pouvons-nous faire\u00a0? La tentation est de baisser les bras, mais il faut r\u00e9sister et \u00eatre dociles \u00e0 l\u2019Esprit Saint qui nous aidera, tout en mettant ensemble les experts des diff\u00e9rents domaines\u00a0: philosophie, th\u00e9ologie, droit, sociologie, etc., afin de discuter, de r\u00e9fl\u00e9chir et de faire des propositions. Ainsi, par exemple, le philosophe Achille Mbembe du Cameroun, \u00e0 l\u2019occasion d\u2019une interview parue il y a des quelques ann\u00e9es dans le quotidien \u00ab\u00a0Le Messager\u00a0\u00bb, a d\u00e9clar\u00e9\u00a0: \u00ab La famille et le syst\u00e8me \u00e9ducatif constituent, pour moi, les deux principales questions critiques sur lesquelles nous devons r\u00e9fl\u00e9chir. Les relations au sein de beaucoup de familles n\u2019aident pas \u00e0 pr\u00e9parer les enfants \u00e0 se valoriser, \u00e0 assumer les d\u00e9fis de la citoyennet\u00e9, ou \u00e0 saisir les opportunit\u00e9s que la vie leur offrira. Prisonniers de leurs propres parcours, pi\u00e9g\u00e9s par des histoires de villages, de jalousies familiales, de querelles d\u2019h\u00e9ritage, de rivalit\u00e9s futiles dues \u00e0 l\u2019ignorance et la cr\u00e9dulit\u00e9 (\u2026). Nous connaissons tous des gens qui attribuent toutes les difficult\u00e9s de leur vie \u00e0 la sorcellerie d\u2019un oncle malfaisant ou au mauvais sort que le voisin leur aurait jet\u00e9. Ce n\u2019est \u00e9videmment pas avec cet \u00e9tat d\u2019esprit que nous sortirons de notre mentalit\u00e9 de victimes pour revendiquer notre place dans un monde comp\u00e9titif et globalis\u00e9 (\u2026). Au sein m\u00eame des familles, l\u2019individualisme prend les formes les plus insidieuses. On utilise l\u2019\u00e9tiquette du groupe pour faire avancer son agenda personnel. Dans beaucoup de familles, on n\u2019accorde par exemple qu\u2019une importance limit\u00e9e \u00e0 un parent malade. C\u2019est \u00e0 peine si on lui rend visite \u00e0 l\u2019h\u00f4pital. Mais d\u00e8s qu\u2019il d\u00e9c\u00e8de faute de soins et d\u2019attention, c\u2019est le grand cirque. Chacun se d\u00e9cha\u00eene pour manifester sa compassion (\u2026). Une autre illustration de ce familialisme pervers est la banalisation de la violence contre les femmes et contre les enfants\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>\u00ab Il suffit \u2013 continue le philosophe \u2013 de voir la violence des conflits souterrains au sein des familles, entre parents et enfants, ou m\u00eame le d\u00e9labrement de la vie des couples. Pas besoin de statistique pour mesurer de l\u2019ampleur du d\u00e9sastre\u00a0! Parce que les parents ont parfois eux-m\u00eames manqu\u00e9 de bons rep\u00e8res, beaucoup de jeunes grandissent dans des familles qui ne les pr\u00e9parent pas \u00e0 assumer les deux principales responsabilit\u00e9s de la vie, \u00e0 savoir \u00e9tablir une vraie relation de couple avec le conjoint pour former une famille stable, et \u00e9lever des enfants en leur inculquant l\u2019\u00e9thique du travail, les vertus de l\u2019amour et du respect de l\u2019autre. Les taux officiels de divorce restent relativement faibles en Afrique parce qu\u2019ils sont mal recens\u00e9s, et aussi \u00e0 cause des pressions \u00e9conomiques, socioculturelles et religieuses \u00bb.<\/p>\n<p><em>La famille et la vie<\/em><\/p>\n<p>La confrontation avec les cultures contemporaines ne doit pas nous effrayer. Elle est plut\u00f4t une occasion pr\u00e9cieuse pour reconna\u00eetre avec plus de profondeur la valeur de l\u2019exp\u00e9rience familiale. Elle est d\u00e9j\u00e0 puissamment exprim\u00e9e dans les premi\u00e8res pages de la Gen\u00e8se, lorsque Dieu confie \u00e0 l\u2019alliance entre l\u2019homme et la femme la g\u00e9n\u00e9ration et la cr\u00e9ation. Nous pourrions dire autrement\u00a0: la vie humaine et sa maison. Si nous associons \u00e0 cette intuition fondamentale la riche r\u00e9flexion juv\u00e9nile sur le th\u00e8me de la vie, le myst\u00e8re se d\u00e9voile dans toute sa force\u00a0: la g\u00e9n\u00e9ration, qui est l\u2019attitude m\u00eame de Dieu (comme le reprend admirablement le Credo que nous r\u00e9citons chaque dimanche \u00e0 la Messe), est partag\u00e9e avec l\u2019humanit\u00e9 dans la personne du Fils (cf. 1Jean 5, 11, Dieu nous a donn\u00e9 la vie \u00e9ternelle et cette vie est dans son Fils), elle est offerte sous la forme d\u2019une alliance (qui est la fa\u00e7on d\u2019agir de Dieu \u00e0 l\u2019\u00e9gard des hommes) et elle est livr\u00e9e dans sa pl\u00e9nitude, \u00e0 savoir une vie \u00e9ternelle.\u00a0Le lien entre la famille et la vie est au fondement m\u00eame de l\u2019existence humaine. Il en montre \u00e0 la fois le fondement et la t\u00e2che\u00a0: engendr\u00e9s dans l\u2019amour d\u2019un homme et d\u2019une femme, nous sommes destin\u00e9s \u00e0 engendrer une nouvelle vie, dans l\u2019alliance avec un autre qui est la chair de ma chair.\u00a0Donn\u00e9s \u00e0 la vie pour engendrer la vie. La famille tient litt\u00e9ralement \u00ab\u00a0en vie\u00a0\u00bb aussi bien le monde que l\u2019\u00c9glise. Voil\u00e0 pourquoi \u00ab\u00a0aimer\u00a0\u00bb signifie \u00ab\u00a0faire \u00eatre\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>La vie donc, telle qu\u2019elle nous est livr\u00e9e dans les \u00e9critures conserv\u00e9es depuis toujours dans la tradition eccl\u00e9siale, n\u2019existe jamais en tant que r\u00e9alit\u00e9 abstraite, comme concept ou comme id\u00e9e. Non, la vie humaine est toujours une vie concr\u00e8te, dans un temps et dans un lieu, dans une intrigue de relation qui la g\u00e9n\u00e8re, la prot\u00e8ge et l\u2019\u00e9voque.\u00a0La vie, en somme, c\u2019est nous, c\u2019est chacun de nous, tout au long de son existence, et l\u2019humanit\u00e9 tout enti\u00e8re dans son aujourd\u2019hui et dans son demain. C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment cette relocalisation dans le concret des rapports qui permet de consid\u00e9rer de mani\u00e8re efficace les grands d\u00e9bats qui se d\u00e9roulent sur le th\u00e8me de la famille et de la vie.<\/p>\n<p>Le Pape Fran\u00e7ois a bien compris cette connexion intime, \u00e0 un tel point que, m\u00eame au niveau institutionnel, il a voulu relier les deux grands centres de r\u00e9flexion acad\u00e9miques sur la famille et sur la vie (l\u2019Institut Jean-Paul II et l\u2019Acad\u00e9mie Pontificale pour la Vie), et il a unifi\u00e9 dans un seul Dicast\u00e8re le soin pastoral de ces r\u00e9alit\u00e9s. Il est plut\u00f4t st\u00e9rile et peu efficace que de d\u00e9fendre la vie en soi, quels que soient les lieux constitutifs et vitaux o\u00f9 elle se d\u00e9veloppe, ainsi que cela n\u2019a pas de sens de parler ou de d\u00e9fendre la famille en soi, sans consid\u00e9rer les sujets concrets, les lieux et les temps o\u00f9 cette alliance f\u00e9conde se d\u00e9veloppe, comme le rappelle admirablement le num\u00e9ro 3 d\u2019<em>Amoris Laetitia<\/em>.<\/p>\n<p>La qualit\u00e9 \u00e9minemment humaine que la forme familiale offre \u00e0 la vie est la plus grande r\u00e9ponse \u00e0 toutes ces pratiques (politiques, sociales et m\u00eame m\u00e9dicales) qui veulent s\u00e9parer la g\u00e9n\u00e9ration de l\u2019amour qui fait \u00eatre et prot\u00e9ger. Replacer la vie humaine dans le contexte familial (dans l\u2019origine et dans la t\u00e2che) signifie prononcer la parole la plus forte contre cette culture qui envahit l\u2019Occident, et dont le Continent africain ne peut se dire immunis\u00e9, \u00e0 savoir l\u2019individualisme absolu (ab-solutus), fondu dans les rapports avec les autres. Aucune personne n\u2019est une \u00eele. Nous sommes tous en connexion les uns avec les autres. Et nous le sommes en analogie avec les liens familiaux : nous sommes tous fils, tous fr\u00e8res et tous s\u0153urs.<\/p>\n<p><em>L\u2019\u00e9croulement du nous<\/em><\/p>\n<p>En Afrique est \u00e9galement en cours un changement anthropologique\u00a0: la mondialisation a chang\u00e9 tous les cadres de r\u00e9f\u00e9rence. \u00c0 la place de la vieille culture solidaire, parmi les jeunes \u2013 et tout particuli\u00e8rement parmi ceux qui sont urbanis\u00e9s \u2013 une culture comp\u00e9titive et mat\u00e9rialiste s\u2019impose\u00a0: m\u00eame en Afrique, \u00ab\u00a0le nous s\u2019\u00e9croule\u00a0\u00bb et c\u2019est l\u2019av\u00e8nement du moi. Un philosophe fran\u00e7ais, Gilles Lipovestky, voit la soci\u00e9t\u00e9 contemporaine comme marqu\u00e9e par une \u00ab\u00a0seconde r\u00e9volution individualiste\u00a0\u00bb. Comme si tout \u00e9tait destin\u00e9 \u00e0 l\u2019affirmation de soi, au culte de soi, \u00e0 la r\u00e9alisation de soi et au bien-\u00eatre individuel. L\u2019impulsion \u00e0 \u00e9migrer, en Afrique mais pas seulement, doit \u00eatre \u00e9galement lue comme une cons\u00e9quence de cette situation, puisque tout espoir dans l\u2019avenir de son propre pays s\u2019est souvent \u00e9croul\u00e9. Certains parlent d\u2019un nouveau culte, \u00e0 savoir celui du moi. Une sorte d\u2019 \u00ab\u00a0\u00e9golatrie\u00a0\u00bb. L\u2019individualisme, comme un virus omnipr\u00e9sent, ronge les diff\u00e9rentes formes associatives, \u00e0 partir de la famille, pour infecter ensuite la ville et les nations.\u00a0La soci\u00e9t\u00e9, en somme, n\u2019est plus li\u00e9e par un tissu connectif qui soutient la vie et son d\u00e9veloppement.\u00a0Il s\u2019agit ainsi d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 de plus en plus atomis\u00e9e, une sorte d\u2019ensemble d\u2019individus, o\u00f9 le moi l\u2019emporte sur le nous et l\u2019individu sur la soci\u00e9t\u00e9, et les droits de l\u2019individu l\u2019emportent \u00e9galement sur ceux de la famille.<\/p>\n<p>L\u2019incitation \u00e0 \u00ab\u00a0r\u00e9ussir\u00a0\u00bb est partout tr\u00e8s forte.\u00a0Et concernant les jeunes, on remarque cette \u00ab\u00a0h\u00e2te\u00a0\u00bb \u00e0 se d\u00e9p\u00eacher de r\u00e9ussir, \u00e0 prendre le plus t\u00f4t possible cette tranche de bien-\u00eatre pour soi-m\u00eame qui autrement s\u2019enfuit. Je pense \u00e0 ce que signifie, surtout en Afrique, la \u00ab\u00a0religion de la prosp\u00e9rit\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>La famille, dans une sorte de retournement, plus que la \u00ab\u00a0cellule de base de la soci\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb, est con\u00e7ue comme la \u00ab\u00a0cellule de base pour l\u2019individu\u00a0\u00bb.\u00a0C\u2019est pourquoi l\u2019on pr\u00e9f\u00e8re la cohabitation au mariage, l\u2019ind\u00e9pendance individuelle \u00e0 la d\u00e9pendance r\u00e9ciproque. Le couple conjugal lui-m\u00eame n\u2019est con\u00e7u qu\u2019en fonction de soi-m\u00eame\u00a0: chacun est \u00e0 la recherche de sa propre individualisation particuli\u00e8re et non de la cr\u00e9ation d\u2019un \u00ab\u00a0nous\u00a0\u00bb, d\u2019un \u00ab\u00a0sujet pluriel\u00a0\u00bb qui transcende les individualit\u00e9s sans \u00e9videmment les annuler, mais au contraire les rend plus authentiques et plus libres. Une connexion renouvel\u00e9e du th\u00e8me des liaisons affectives avec celui de la g\u00e9n\u00e9ration, certes sous une forme pleinement responsable et donc r\u00e9ellement humaine, est la r\u00e9ponse \u00e0 l\u2019individualisme. La famille peut encore \u00eatre la bonne parole pour cet homme et cette femme qui ne sont tous amoureux qu\u2019eux d\u2019eux-m\u00eames.<\/p>\n<p><em>La \u00ab\u00a0Global bioethics\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>Il faut bien admettre que nous nous trouvons dans un nouveau contexte, \u00e0 savoir celui de la mondialisation.\u00a0S\u2019il \u00e9tait encore possible, il y a quelques d\u00e9cennies, de penser \u00e0 un monde o\u00f9 le destin d\u2019une personne \u00e9tait d\u00e9cid\u00e9 au sein de son propre cercle, de son propre groupe, de son propre pays, aujourd\u2019hui, ceci n\u2019est plus envisageable. Le syst\u00e8me \u00e9conomique est totalement interconnect\u00e9, avec le bien que cette macrostructure apporte et les insupportables injustices qu\u2019elle engendre.\u00a0Et, gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019av\u00e8nement des nouvelles technologies, la mondialisation cherche de toutes les fa\u00e7ons possibles \u00e0 homog\u00e9n\u00e9iser la plan\u00e8te.\u00a0Les jeunes Rwandais regardent les m\u00eames vid\u00e9os que les jeunes de New York et de Bangkok, ils chantent les m\u00eames chansons et partagent leurs espoirs et leurs faiblesses sans plus aucune fronti\u00e8re.<\/p>\n<p>Nous devons veiller \u00e0 ne pas condamner la mondialisation comme la cause des maux de notre temps. L\u2019av\u00e8nement d\u2019une \u00e9conomie de march\u00e9 global a permis une am\u00e9lioration substantielle de la vie d\u2019enti\u00e8res populations, ainsi que l\u2019interconnexion qui structure aujourd\u2019hui le monde permet des \u00e9changes et des enrichissements culturels qui \u00e9taient impr\u00e9visibles il y a tout juste quelques ann\u00e9es. En m\u00eame temps, nous ne pouvons \u00eatre na\u00effs et ne pas voir les limites du syst\u00e8me \u00e9conomique mondial et son aptitude \u00e0 produire un d\u00e9s\u00e9quilibre toujours croissant et un aplatissement culturel, au d\u00e9triment d\u2019une tradition locale vivante, g\u00e9n\u00e9r\u00e9 par l\u2019interconnexion plan\u00e9taire. Le probl\u00e8me est qu\u2019une mondialisation du march\u00e9 et de la technique s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9e sans qu\u2019il y ait eu en contrepartie une mondialisation spirituelle et solidaire.<\/p>\n<p>L\u2019horizon \u00e0 promouvoir est un nouveau rapport entre la protection du particulier et la gestion du g\u00e9n\u00e9ral (l\u2019on emploie souvent le terme de \u00ab\u00a0glocalisme \u00bb). C\u2019est dans cette perspective que nous devons affronter l\u2019avenir de l\u2019humanit\u00e9, \u00e0 savoir la vie dans son concret. C\u2019est ce que l\u2019on appelle, en termes techniques, la \u00ab\u00a0<em>Global bioethics<\/em>\u00a0\u00bb, un th\u00e8me auquel l\u2019Acad\u00e9mie de la Vie a consacr\u00e9 son avant-derni\u00e8re Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale.<\/p>\n<p>Le Pape Fran\u00e7ois a fait de cette perspective le point de force de la <em>Laudato Si\u2019<\/em>, qui en actualise sa signification concernant le temps pr\u00e9sent. En mettant au centre la \u00ab\u00a0maison commune\u00a0\u00bb des vivants, le Pape nous parle d\u2019une \u00ab\u00a0\u00e9cologie int\u00e9grale\u00a0\u00bb, une expression qui a \u00e9t\u00e9 rapidement acquise comme un paradigme conceptuel innovant. En effet, le mot \u00ab\u00a0\u00e9cologie\u00a0\u00bb n\u2019est pas employ\u00e9 dans un sens g\u00e9n\u00e9ral et vague. En prenant comme r\u00e9f\u00e9rence l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me global, le Pape indique une modalit\u00e9 d\u2019approche \u00e0 tous les syst\u00e8mes complexes, et, pour les comprendre, il faut pr\u00eater une attention privil\u00e9gi\u00e9e aux rapports de chacune des parties particuli\u00e8res entre elles et avec \u00ab\u00a0le tout\u00a0\u00bb, qui est \u00ab\u00a0sup\u00e9rieur \u00e0 la partie\u00a0\u00bb (<em>Evangelii Gaudium<\/em>, n\u00b0 234). En d\u2019autres termes, les questions particuli\u00e8res ne peuvent pas \u00eatre comprises ni assum\u00e9es de fa\u00e7on responsable sans qu\u2019elles soient replac\u00e9es dans le contexte g\u00e9n\u00e9ral et global, ce qui implique l\u2019adoption d\u2019une perspective diff\u00e9renci\u00e9e et multiculturelle, et requiert \u00e9galement la contribution de nombreux points de vue et de nombreux savoirs sp\u00e9cifiques. Pour nous, la perspective que le Pape Fran\u00e7ois introduit \u00e0 travers l\u2019\u00e9cologie int\u00e9grale rev\u00eat un int\u00e9r\u00eat tout \u00e0 fait particulier pour lire l\u2019 \u00ab\u00a0\u00e9cologie humaine\u00a0\u00bb et la relation avec son propre corps ou avec les dynamiques sociales et institutionnelles, et cela \u00e0 tous les niveaux\u00a0: \u00ab\u00a0Si tout est li\u00e9, l\u2019\u00e9tat des institutions d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 a aussi des cons\u00e9quences sur l\u2019environnement et sur la qualit\u00e9 de vie humaine\u00a0\u00bb (LS n\u00b0 142). C\u2019est une perspective qui aide \u00e0 mettre en \u00e9vidence combien un d\u00e9veloppement pleinement humain, et donc \u00e9galement la protection du fondamental \u00ab\u00a0droit \u00e0 la (protection de la) sant\u00e9\u00a0\u00bb, est influenc\u00e9 par des facteurs environnementaux et sociaux, ainsi que par des choix politiques selon lesquels ces derniers sont gouvern\u00e9s. En suivant ce trac\u00e9, deux axes portants d\u2019une \u00ab\u00a0bio\u00e9thique globale\u00a0\u00bb \u00e9mergent ainsi\u00a0: premi\u00e8rement, la complexit\u00e9 de l\u2019ensemble du contexte dans lequel les personnes vivent et, deuxi\u00e8mement, la mani\u00e8re dont les composantes de ce contexte d\u00e9terminent la vie humaine dans toutes ses structures, en la favorisant ou en l\u2019endommageant.<\/p>\n<p>J\u2019esp\u00e8re que le prochain Synode sur l\u2019Amazonie, que le Pape a fortement voulu, saura relire de fa\u00e7on \u00e9vang\u00e9lique, avec sagesse et courage, ce rapport entre la vie, la famille et la mondialisation. L\u2019<em>Instrumentum Laboris<\/em> commence d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment par une longue r\u00e9flexion sur le th\u00e8me de la vie et l\u2019ensemble du chapitre V est enti\u00e8rement consacr\u00e9 \u00e0 la famille. \u00a0En pensant aux contextes les moins urbanis\u00e9s qui caract\u00e9risent encore notre r\u00e9alit\u00e9, nous pouvons ici faire n\u00f4tres quelques id\u00e9es de la description des familles amazoniennes que ce document offre : \u00ab\u00a0La vision cosmique de l\u2019existence palpite dans les familles. Il s\u2019agit de diverses connaissances et pratiques mill\u00e9naires dans diff\u00e9rents domaines comme l\u2019agriculture, la m\u00e9decine, la chasse et la p\u00eache, pour vivre en harmonie avec Dieu, avec la nature et avec la communaut\u00e9. C\u2019est aussi au sein de la famille que se transmettent les valeurs de cette culture, comme l\u2019amour de la terre, la r\u00e9ciprocit\u00e9, la solidarit\u00e9, l\u2019exp\u00e9rience du pr\u00e9sent, le sens de la famille, la simplicit\u00e9, le travail communautaire, l\u2019auto-organisation, la m\u00e9decine ancestrale et l\u2019\u00e9ducation ancestrale. De plus, la culture orale (histoires, croyances et chants), avec ses couleurs, ses v\u00eatements, son alimentation, ses langues et ses rites fait partie de cet h\u00e9ritage qui se transmet en famille. En d\u00e9finitive, c\u2019est dans la famille que l\u2019on apprend \u00e0 vivre en harmonie : entre peuples, entre g\u00e9n\u00e9rations, avec la nature, dans le dialogue avec les esprits \u00bb (IL n\u00b0 75).<\/p>\n<p><em>Le pari d\u2019un continent jeune<\/em><\/p>\n<p>Chaque fois que j\u2019ai la gr\u00e2ce de visiter un pays africain, j\u2019\u00e9prouve la joie de voir un continent jeune et extr\u00eamement vital. Ce n\u2019est plus le cas en Italie, ni m\u00eame dans l\u2019ensemble de l\u2019Occident, o\u00f9 un hiver d\u00e9mographique effrayant est en train de nous transformer en un pays de vieux et de vieillards, de riches vieillards. C\u2019est \u00e0 vous, plus qu\u2019\u00e0 d\u2019autres, qu\u2019est offerte l\u2019occasion de trouver une nouvelle synth\u00e8se entre la tradition et la modernit\u00e9, la justice et le d\u00e9veloppement, le soin de ce qui est particulier, tout comme une \u00e9gale dignit\u00e9. Vous \u00eates appel\u00e9s \u00e0 le faire au sein de la famille et dans la soci\u00e9t\u00e9. La vie ne peut pas \u00eatre ancr\u00e9e dans des sch\u00e9matismes th\u00e9ologiques ou traditionnels, dans des luttes intestines ou des projets \u00e9conomiques, mais elle est par d\u00e9finition dynamique, puissamment proactive, effront\u00e9ment audacieuse. Et l\u2019audace est celle des jeunes, de ceux qui regardent avec d\u00e9sir l\u2019avenir, de ceux qui assument la responsabilit\u00e9 de demain. Ceci est tout particuli\u00e8rement vrai pour vous et pour votre nation qui cherche \u00e0 retrouver, apr\u00e8s une immense et sanglante trag\u00e9die, les voies d\u2019une fraternit\u00e9 (oui, c\u2019est un terme familier\u00a0!), d\u2019une cohabitation possible entre personnes diff\u00e9rentes qui s\u2019appr\u00e9cient et s\u2019estiment r\u00e9ciproquement. Comme un jeune homme et une jeune femme, qui sont diff\u00e9rents et qui pourtant s\u2019aiment, et qui sont pour cela capables d\u2019engendrer et de prot\u00e9ger la vie.<\/p>\n<p>Ainsi, vos jeunes peuples sont appel\u00e9s tout particuli\u00e8rement \u00e0 accueillir et exalter le vaste dessein d\u2019amour et de communion de Dieu sur le monde qui na\u00eet justement de la famille. C\u2019est la vision que les Saintes \u00c9critures nous montrent et que le Concile Vatican II a repropos\u00e9e, avec force, \u00e0 l\u2019attention des croyants et de tous les hommes. La Bible fait commencer l\u2019histoire humaine avec la famille de nos anc\u00eatres Adam et \u00c8ve et de leurs enfants. Et elle fait s\u2019achever l\u2019histoire de l\u2019existence humaine \u2013 ainsi que l\u2019ont indiqu\u00e9 les proph\u00e8tes et le Livre de l\u2019Apocalypse \u2013 avec la famille des peuples r\u00e9unis autour du seul P\u00e8re dans la J\u00e9rusalem c\u00e9leste.<\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em><em>L\u2019\u00c9glise et la famille chr\u00e9tienne (Amoris Laetitia)<\/em><\/p>\n<p>Je voudrais conclure mon rapport par quelques consid\u00e9rations sur l\u2019Exhortation apostolique post-synodale <em>Amoris Laetitia<\/em>. Dans cette Exhortation, le Pape Fran\u00e7ois montre en effet une vision strat\u00e9gique qui doit \u00eatre saisie dans sa force programmatique\u00a0: la famille ne concerne pas simplement l\u2019histoire des individus, de leurs vies et de leurs d\u00e9sirs d\u2019amour (qui pourtant existent), mais l\u2019histoire m\u00eame du monde. Il est ainsi important de le souligner si l\u2019on veut comprendre le sens m\u00eame de l\u2019Exhortation apostolique. On pourrait dire que la famille est la m\u00e8re de toutes les relations.<\/p>\n<p>Ce texte fait ainsi ressortir le nouveau rapport de l\u2019\u00c9glise avec les familles d\u2019aujourd\u2019hui, avec leur vie concr\u00e8te, avec \u00ab\u00a0un m\u00e9lange n\u00e9cessaire de satisfactions et d\u2019efforts, de tensions et de repos, de souffrances et de lib\u00e9rations, de satisfactions et de recherches, d\u2019ennuis et de plaisirs\u00a0\u00bb des familles d\u2019aujourd\u2019hui (cf. n\u00b0 126).<\/p>\n<p>L\u2019on peut en percevoir l\u2019\u00e9cho du c\u00e9l\u00e8bre incipit de la <em>Gaudium et Spes<\/em> que nous pourrions ainsi traduire : \u00ab\u00a0Les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ, et il n\u2019est rien de vraiment humain qui ne trouve \u00e9cho dans leur c\u0153ur \u00bb (cf. n\u00b01). Ainsi, nous voyons qu\u2019un fil rouge relie la <em>Gaudium et Spes<\/em>, <em>l\u2019Evangelii Gaudium<\/em>, la <em>Laudato Si\u2019 <\/em>elle-m\u00eame et l\u2019<em>Amoris Laetitia<\/em>. Il s\u2019agit du fil rouge de \u00ab cette immense sympathie\u00a0\u00bb dont parlait Paul VI \u00e0 propos de la sensibilit\u00e9 qui impr\u00e9gna les travaux du Concile Vatican II ouverts par Saint Jean XXIII avec cette superbe allocution \u2013 et la \u00ab\u00a0joie\u00a0\u00bb de l\u2019\u00c9glise \u2013 <em>Gaudet Mater Ecclesia<\/em> \u2013 qui r\u00e9sonne \u00e9galement ici.<\/p>\n<p>Le texte du Pape Fran\u00e7ois, qui tient compte de la tradition magist\u00e9rielle de ces cinquante derni\u00e8res ann\u00e9es, exprime les pr\u00e9occupations de l\u2019\u00c9glise pour les familles dans la conscience des profondes transformations qui ont eu lieu en ce temps. Il y a un souffle pastoral qui pousse \u00e0 un regard de sympathie envers les familles afin de les aider \u00e0 vivre dans la joie leur vocation et leur mission dans l\u2019\u00c9glise et dans la soci\u00e9t\u00e9. Le Pape n\u2019a pas voulu proposer de nouvelles d\u00e9finitions de la famille. Elle existe d\u00e9j\u00e0. Ce que le Pape demande, c\u2019est un engagement renouvel\u00e9 \u00e0 rencontrer les familles d\u2019aujourd\u2019hui dans le concret de leur vie. En somme, l\u2019\u00c9glise doit faire siens les efforts et les espoirs de ses fid\u00e8les. Et ce regard n\u2019est possible qu\u2019en ligne avec la maternit\u00e9, \u00e0 savoir, encore une fois, avec la g\u00e9n\u00e9ration de la vie. L\u2019\u00c9glise ne doit pas observer les familles de l\u2019ext\u00e9rieur, avec la froideur notari\u00e9e de ceux qui \u00e9num\u00e8rent les changements \u00e0 la recherche d\u2019\u00e9ventuelles fautes \u00e0 condamner.\u00a0Certes, elle n\u2019est ni aveugle ni r\u00e9sign\u00e9e. Bien au contraire.\u00a0Elle est ainsi anim\u00e9e par cette \u00ab\u00a0immense sympathie\u00a0\u00bb qui est le d\u00e9but de la compassion de l\u2019accompagnement maternel.<\/p>\n<p>Il y a alors un fil rouge qui relie indissolublement l\u2019\u00c9glise en tant que famille de Dieu et la Famille en tant que petite \u00c9glise, jusqu\u2019\u00e0 ce que l\u2019on puisse dire que l\u2019une n\u2019est pas possible sans l\u2019autre. Ce feu bipolaire est le ferment de fraternit\u00e9 qui inspire la vie de la ville et du pays, jusqu\u2019\u00e0 la famille des peuples.<\/p>\n<p><strong>Kigali, 20 Septembre 2019<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Une situation paradoxale Le d\u00e9bat actuel sur la famille se concentre chaque jour davantage sur une question de fond\u00a0: la famille, con\u00e7ue comme l\u2019union stable entre un homme et une femme et avec leurs enfants (certaines \u00e9tudes l\u2019ont d\u00e9sign\u00e9e comme norme constitu\u00e9e), est-elle encore une ressource pour la personne et pour la soci\u00e9t\u00e9, ou bien [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":25364,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[14,3,8],"tags":[],"class_list":["post-25336","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-francais","category-interventi","category-news"],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/i0.wp.com\/www.vincenzopaglia.it\/wp-content\/uploads\/2019\/10\/mgr_paglia06-405da.jpg?fit=800%2C533&ssl=1","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p5mkxU-6AE","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.vincenzopaglia.it\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/25336","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.vincenzopaglia.it\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.vincenzopaglia.it\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.vincenzopaglia.it\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.vincenzopaglia.it\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=25336"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.vincenzopaglia.it\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/25336\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":25353,"href":"https:\/\/www.vincenzopaglia.it\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/25336\/revisions\/25353"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.vincenzopaglia.it\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/25364"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.vincenzopaglia.it\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=25336"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.vincenzopaglia.it\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=25336"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.vincenzopaglia.it\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=25336"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}