{"id":20491,"date":"2015-04-18T12:50:57","date_gmt":"2015-04-18T10:50:57","guid":{"rendered":"http:\/\/www.vincenzopaglia.it\/?p=20491"},"modified":"2015-04-21T13:13:24","modified_gmt":"2015-04-21T11:13:24","slug":"leglise-et-les-divorces-remaries-quelques-reflexions","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.vincenzopaglia.it\/index.php\/leglise-et-les-divorces-remaries-quelques-reflexions.html","title":{"rendered":"L\u2019\u00c9GLISE ET LES DIVORC\u00c9S REMARI\u00c9S &#8211; Quelques r\u00e9flexions"},"content":{"rendered":"<p><strong>Intervento al convegno \u201cFamilles: fragilt\u00e9s et Esp\u00e9rance\u201d promosso dalla Diocesi di Orl\u00e9ans.<\/strong><\/p>\n<p><em>Au cours du Synode, les P\u00e8res synodaux se sont amplement confront\u00e9s sur cette question, entre ceux qui mettaient davantage l\u2019accent sur la mis\u00e9ricorde et la charit\u00e9 et ceux qui r\u00e9affirmaient la discipline actuelle. Les deux parties n\u2019ont absolument pas remis en question la doctrine de l&#8217;indissolubilit\u00e9, comme le Pape l\u2019a lui-m\u00eame r\u00e9affirm\u00e9. Le probl\u00e8me concernait la possibilit\u00e9 ou non d\u2019admettre, dans certains cas et sous certaines conditions, les divorc\u00e9s remari\u00e9s aux sacrements. La majorit\u00e9 \u2013 m\u00eame si non qualifi\u00e9e, \u00e0 savoir des deux tiers \u2013 a jug\u00e9 opportun que l\u2019on continue de r\u00e9fl\u00e9chir en \u00e9vitant \u00ab des solutions uniques ou inspir\u00e9es par la logique du \u2018tout ou rien\u2019\u00a0\u00bb. \u00c0 quel point est \u00e0 pr\u00e9sent le d\u00e9bat?<\/em><\/p>\n<p>Je crois qu\u2019il est important de proc\u00e9der progressivement dans un domaine si complexe. La premi\u00e8re chose que je voudrais souligner est le changement d\u2019attitude qui s\u2019est produit au sein de l\u2019\u00c9glise, depuis quelques d\u00e9cennies maintenant, \u00e0 l\u2019\u00e9gard des personnes croyantes divorc\u00e9es et remari\u00e9es. Il y a une dizaine d\u2019ann\u00e9es, ces fid\u00e8les \u00e9taient en effet consid\u00e9r\u00e9s comme \u00ab <em>ipso facto infames<\/em>\u00a0\u00bb (CJC 1917, can. 2356). Non seulement ils \u00e9taient exclus du sacrement de la Confession et de l\u2019Eucharistie, mais ils \u00e9taient \u00e9galement indiqu\u00e9s publiquement comme m\u00e9prisables\u00a0: \u00ab\u00a0<em>publice indigne<\/em>\u00a0\u00bb (can. 855 \u00a7 1), sans distinction. Le Code de droit canonique de 1983 s\u2019exprime avec un ton moins fort. Et successivement le Magist\u00e8re, \u00e0 diff\u00e9rents niveaux, d\u00e9crit leur situation comme celle de croyants qui appartiennent \u00e0 l\u2019\u00c9glise, m\u00eame s\u2019ils ne le sont pas en pleine communion : \u00ab le conjoint remari\u00e9 se trouve alors en situation d\u2019adult\u00e8re public et permanent \u00bb, mais la communaut\u00e9 chr\u00e9tienne doit \u00ab\u00a0s\u2019abstenir\u00a0\u00bb de juger le for int\u00e9rieur de leur conscience, o\u00f9 seul Dieu voit et juge. Il ne s\u2019agit pas seulement d\u2019un changement de langage, mais, justement, d\u2019une attitude pastorale qui est certainement beaucoup plus inclusive par rapport au pass\u00e9.<\/p>\n<p><em>Il s\u2019agit l\u00e0, sans aucun doute, d\u2019un changement non indiff\u00e9rent. Et cela n\u00e9cessite un changement effectif et concret dans la relation de la communaut\u00e9 chr\u00e9tienne \u00e0 l\u2019\u00e9gard de ces personnes.<\/em><\/p>\n<p>Cette nouvelle attitude devrait impliquer tous les membres de la communaut\u00e9 chr\u00e9tienne. Malheureusement, il n\u2019en est pas souvent ainsi. En outre, il y a \u00e9galement une grande dose d\u2019ignorance, parfois m\u00eame dans le clerg\u00e9. Il y a, par exemple, des pr\u00eatres qui ne donne m\u00eame pas la communion aux fid\u00e8les qui sont divorc\u00e9s, mais qui ne se sont pas unis \u00e0 une autre personne. Avec cette attitude, ils contredisent la pratique de l\u2019\u00c9glise et surtout ils chargent ces fid\u00e8les, qui sont d\u00e9j\u00e0 accabl\u00e9s par la fatigue d\u2019un \u00e9chec, d\u2019un fardeau qu\u2019ils ne doivent soutenir en aucun cas. Le Rapport synodal intervient explicitement \u00e0 cet \u00e9gard afin d\u2019\u00e9loigner d\u00e9finitivement cet abus qui est injustifi\u00e9 et cruel. Il y a quelque temps, l\u2019archev\u00eaque d\u2019une grande ville europ\u00e9enne m\u2019a racont\u00e9 que, s\u2019\u00e9tant rendu dans un c\u00e9l\u00e8bre sanctuaire marial de la ville pour y confesser, il avait re\u00e7u la confession d\u2019une femme \u2013 une professeure universitaire, s\u00e9par\u00e9e de son mari et avec deux enfants, mais non remari\u00e9e \u2013 qui se rendait chaque mois en p\u00e8lerinage au sanctuaire, depuis 27 ans, et cette derni\u00e8re lui avait avou\u00e9 que le pr\u00eatre ne lui permettait pas de prendre la communion parce qu\u2019elle \u00e9tait s\u00e9par\u00e9e. Je pense que ce pr\u00eatre \u00e9tait \u00e9videmment en toute bonne conscience. Mais cela montre l\u2019urgence et l\u2019ampleur du travail \u00e0 faire dans ce domaine.<\/p>\n<p>La question que nous sommes en train d\u2019affronter est diff\u00e9rente : il s\u2019agit de ces fid\u00e8les qui se sont remari\u00e9s apr\u00e8s avoir divorc\u00e9. Eh bien \u2013 comme l\u2019exhorte \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9 le magist\u00e8re contemporain \u2013 nous devons tous avoir une attitude d\u2019accueil \u00e0 leur \u00e9gard. Entre autre, nous devons tous \u00eatre conscients de la souffrance que beaucoup d\u2019entre eux et que leurs familles sont en train d\u2019endurer. Beaucoup d\u2019entre eux ont subi des injustices et beaucoup ne sont simplement pas responsables de ce qui est arriv\u00e9. Je crois, en outre, qu\u2019il est opportun d\u2019\u00e9viter de cr\u00e9er la cat\u00e9gorie des \u00ab\u00a0divorc\u00e9s remari\u00e9s\u00a0\u00bb, comme si nous \u00e9tions face \u00e0 une liste de cas tous \u00e9gaux. En v\u00e9rit\u00e9, les histoires sont toutes diff\u00e9rentes, chacune avec ses nuances et ses peines. Les agents pastoraux, qui dans de nombreux dioc\u00e8ses ont depuis longtemps port\u00e9 une attention particuli\u00e8re \u00e0 ces situations, en sont parfaitement conscients. Et les fruits qu\u2019ils recueillent sont nombreux, justement parce qu\u2019ils s\u2019approchent avec soin \u00e0 chaque situation.<\/p>\n<p>Je crois que la premi\u00e8re et la plus urgente des t\u00e2ches est la suivante : accueillir avec amour ces personnes. Pas seulement par pi\u00e9tisme. Elles font partie de l\u2019\u00c9glise et elles doivent donc \u00eatre aim\u00e9es et soutenues dans un esprit de fraternit\u00e9. Dans ce contexte, je voudrais au moins dire un mot \u2013 il en faudrait beaucoup plus \u2013 en faveur de ceux qui, tout en ayant \u00e9t\u00e9 abandonn\u00e9s par leur conjoint, n\u2019ont pas entrepris une nouvelle union et sont rest\u00e9s fid\u00e8les \u00e0 la premi\u00e8re union, qu\u2019il consid\u00e8re \u00e0 juste titre indissoluble, au-del\u00e0 de l\u2019abandon du conjoint. Il s\u2019agit de croyants dont l\u2019exemple nous invite tous \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir. Il s\u2019agit d\u2019un extraordinaire t\u00e9moignage de fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 l\u2019indissolubilit\u00e9 du mariage. Mais il est \u00e9galement vrai que tout le monde ne peut pas vivre de cette fa\u00e7on. En effet, le nombre de divorc\u00e9s remari\u00e9s a ainsi augment\u00e9 de fa\u00e7on exponentielle. Et l\u2019\u00c9glise, qui est m\u00e8re, ne peut pas ne pas s\u2019en charger. Et la premi\u00e8re fa\u00e7on de mettre en \u0153uvre cet engagement est d\u2019essayer de les accueillir et de les faire participer \u00e0 la vie de la communaut\u00e9.<\/p>\n<p><em>Sans aucun doute, c\u2019est un grand progr\u00e8s pastoral que d\u2019\u00eatre pass\u00e9s de l\u2019accusation de p\u00e9cheurs publics \u00e0 d\u00e9clarer qu\u2019ils font eux aussi partie de la communaut\u00e9 eccl\u00e9siale. Mais ne vous semble-t-il pas qu\u2019il est aussi important de consid\u00e9rer \u00e9galement la question de l\u2019acc\u00e8s aux sacrements ? Du reste, dans la discipline actuelle, une telle possibilit\u00e9 est d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9vue, si l\u2019on respecte certaines conditions.<\/em><\/p>\n<p>En effet, la discipline actuelle pr\u00e9voit que les divorc\u00e9s remari\u00e9s peuvent acc\u00e9der \u00e0 la Confession et \u00e0 l\u2019Eucharistie, mais seulement dans les conditions suivantes : si, en conscience, ils s\u2019engagent \u00e0 vivre sans avoir de relations sexuelles (\u00ab comme fr\u00e8re et s\u0153ur\u00a0\u00bb), et en prenant soin de ne pas cr\u00e9er la confusion parmi les fid\u00e8les qui ne connaissent pas leur choix int\u00e9rieur ; en bref, dans le secret. Je crois qu\u2019il serait opportun, entre-temps, d\u2019abolir l\u2019exhortation \u00e0 vivre \u00ab\u00a0comme fr\u00e8re et s\u0153ur\u00a0\u00bb. Si, en effet, nous admettons que ces fid\u00e8les peuvent continuer leur union de type familial, m\u00eame si avec un engagement \u00e0 l\u2019abstinence de la relation strictement conjugale, il faut au moins leur laisser une possibilit\u00e9 raisonnable de \u00ab tendresse r\u00e9ciproque\u00a0\u00bb qui n\u2019est pas identique \u00e0 celle des fr\u00e8res ou des amis. Du reste, les enfants \u2013 qui sont dans l\u2019ignorance \u2013 en ont besoin.<\/p>\n<p>Cependant, le fait que l\u2019\u00c9glise consid\u00e8re qu\u2019une telle union, bien qu\u2019irr\u00e9guli\u00e8re, peut (voire, dans certains cas, doit) demeurer afin d\u2019\u00e9viter des injustices qui sont pires, n\u2019est pas de peu d\u2019importance. Et nous exhortons ces fid\u00e8les, pr\u00e9cis\u00e9ment parce qu\u2019ils sont membres de l\u2019\u00c9glise, \u00e0 participer activement \u00e0 sa vie : de la fr\u00e9quence \u00e0 la Sainte Messe \u00e0 l\u2019\u00e9coute de la Parole de Dieu, des pratiques de pi\u00e9t\u00e9 \u00e0 la vie de charit\u00e9, et ainsi de suite. Cependant, ils ne peuvent pas exercer certaines responsabilit\u00e9s eccl\u00e9siales : le lecteur, le ministre extraordinaire de la Communion, l\u2019office du cat\u00e9chiste, le parrain ou la marraine ou \u00eatre membres du Conseil pastoral. Et ceci parce que ces r\u00f4les impliquent un aspect d\u2019exemplarit\u00e9 qui ne s\u2019accorde pas avec leur situation objectivement irr\u00e9guli\u00e8re.<\/p>\n<p>Beno\u00eet XVI, conscient des probl\u00e8mes ouverts que laisse l\u2019actuelle discipline canonique, a continu\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 la fin de son pontificat \u00e0 souligner que le probl\u00e8me est \u00ab \u00e9pineux et complexe\u00a0\u00bb, qu\u2019il est \u00ab\u00a0douloureux, et que nous ne poss\u00e9dons pas la recette simple apte \u00e0 le r\u00e9soudre \u00bb, \u00ab m\u00eame parce que les situations sont toujours diff\u00e9rentes\u00a0\u00bb. Quand il \u00e9tait cardinal, \u00e0 ceux qui lui soumettaient des cas complexes, il r\u00e9pondait que le Code de droit canonique ne peut pas contempler l\u2019ensemble des cas. Quant au Pape Fran\u00e7ois, il fait comprendre que l\u2019on ne peut pas dire \u00e0 ces personnes qu\u2019elles font partie de l\u2019\u00c9glise pour ensuite les traiter, dans la pratique, comme des\u00a0 excommuni\u00e9s ! En bref, il y a mati\u00e8re \u00e0 r\u00e9flexion et pour continuer d\u2019aller de l\u2019avant \u00e0 la recherche de quelques hypoth\u00e8ses qui soient aptes \u00e0 aider ces fid\u00e8les \u00e0 vivre le Bapt\u00eame, qu\u2019ils ont re\u00e7u et qui les incorporent au Christ, en faisant d\u2019eux des membres de l\u2019\u00c9glise. Ils ne sont absolument pas \u00ab excommuni\u00e9s \u00bb, mais rendus \u00ab\u00a0enfants de Dieu\u00a0\u00bb. Ainsi, la th\u00e9ologie du Bapt\u00eame devrait \u00eatre approfondie m\u00eame dans ce contexte.<\/p>\n<p><em>La \u00ab Relatio Synodi\u00a0\u00bb a accueilli l\u2019exhortation des P\u00e8res synodaux \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir \u00ab\u00a0sur la possibilit\u00e9 pour les divorc\u00e9s remari\u00e9s d\u2019acc\u00e9der aux sacrements de la P\u00e9nitence et de l\u2019Eucharistie\u00a0\u00bb. Qu\u2019en pensez-vous?<\/em><\/p>\n<p>Le texte du \u00ab Rapport final \u00bb du Synode accueille l\u2019avis de la majorit\u00e9 (bien que non pas des deux tiers) des \u00e9v\u00eaques pr\u00e9sents \u00e0 approfondir cette question. Et il ajoute : \u00ab\u00a0L\u2019acc\u00e8s \u00e9ventuel aux sacrements devrait \u00eatre pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 par d\u2019un cheminement p\u00e9nitentiel sous la responsabilit\u00e9 de l\u2019\u00e9v\u00eaque dioc\u00e9sain. La question doit encore \u00eatre approfondie, en ayant bien pr\u00e9sente la distinction entre la situation objective de p\u00e9ch\u00e9 et les circonstances att\u00e9nuantes, \u00e9tant donn\u00e9 que \u00ab l\u2019imputabilit\u00e9 et la responsabilit\u00e9 d\u2019une action peuvent \u00eatre diminu\u00e9es voire supprim\u00e9es\u00a0\u00bb par divers \u00ab\u00a0facteurs psychiques ou sociaux\u00a0\u00bb (<em>Cat\u00e9chisme de l\u2019\u00c9glise catholique<\/em>, 1735)\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Il s\u2019agit de paroles qui exhortent avec d\u00e9cision \u00e0 aller de l\u2019avant dans la recherche de possibles voies en vue d\u2019une solution. Dans la vie de l\u2019\u00c9glise, il y a toujours eu \u2013 et il y aura toujours \u2013 des pas en avant qui ont conduit \u00e0 des changements dans la pratique pastorale, ainsi que des d\u00e9veloppements de la doctrine. L\u2019\u00c9glise est vivante et sa foi vit. C\u2019est ce qui est arriv\u00e9, par exemple, pour la libert\u00e9 religieuse au temps de Vatican II, ou pour la doctrine sociale concernant la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e, ainsi que dans le domaine de la morale sexuelle dans le cas de la notion de fin primaire et secondaire du mariage.<\/p>\n<p>Saint Jean XXIII, avec une grande sagesse pastorale, disait \u00e0 ceux qui le critiquaient pour ses ouvertures: \u00ab Ce n\u2019est pas l\u2019\u00c9vangile qui change, c\u2019est nous qui le comprenons mieux \u00bb. Je suis convaincu que m\u00eame pour la question que nous sommes en train de traiter il faut proc\u00e9der dans une telle perspective, \u00e0 savoir de comprendre la doctrine d\u2019une fa\u00e7on plus approfondie : non pas pour satisfaire la faiblesse envers une attitude de laxisme \u00e0 l\u2019\u00e9gard de l\u2019esprit mondain, mais pour \u00e9clairer l\u2019action pastorale de fa\u00e7on coh\u00e9rente avec le sens de la foi. Dans l\u2019\u00c9glise, le v\u00e9ritable berger aide les fid\u00e8les \u2013 m\u00eame ceux qui sont dispers\u00e9s \u2013 \u00e0 avoir confiance dans le Seigneur : en encourageant la reconnaissance des fautes, mais aussi en soutenant le chemin de conversion.<\/p>\n<p><em>Quels sont les points fermes de la doctrine de l\u2019\u00c9glise que personne n\u2019a remis en question au Synode, m\u00eame en pr\u00e9sence de propositions innovantes qui ont suscit\u00e9 la r\u00e9sistance de la part de diff\u00e9rents P\u00e8res synodaux ?<\/em><\/p>\n<p>Le premier point ferme est l\u2019indissolubilit\u00e9 du mariage. Cette doctrine doit \u00eatre prise au s\u00e9rieux. Le Nouveau Testament en parle cinq fois : 1Co 7,10-16; Mt 5,31-32; Mt 19,3-12; Mc 10,1-2; Lc 16,18. Et saint Paul le dit clairement : \u00ab Quant aux personnes mari\u00e9es, voici ce que je prescris, non pas moi, mais le Seigneur : que la femme ne se s\u00e9pare pas de son mari \u2026 et que le mari ne r\u00e9pudie pas sa femme \u00bb (1Co 7,10). Il n\u2019y a aucun doute que nous sommes confront\u00e9s \u00e0 des paroles qui sont parmi les plus originales du Nouveau Testament. John P. Meier, l\u2019\u00e9rudit de renom du J\u00e9sus historique, affirme que cet interdit \u00e9vang\u00e9lique est sans aucun doute parmi les plus paroles les plus certaines de J\u00e9sus. Pour un baptis\u00e9, il ne peut y avoir d\u2019autre mariage valide que celui qui est sacramentel. L\u2019\u00c9glise, par cons\u00e9quent, ne peut pas c\u00e9l\u00e9brer un second mariage ou penser \u00e0 des b\u00e9n\u00e9dictions ambigu\u00ebs d\u2019une nouvelle union. Elle a devant elle une s\u00e9rie de devoirs qui proviennent de son Seigneur. La l\u00e9gislation canonique pr\u00e9voit, lorsque l\u2019union est incapable de continuer, la s\u00e9paration des deux conjoints, mais non pas que ceux-ci puissent se remarier avec d\u2019autres.<\/p>\n<p>Il y a ensuite un deuxi\u00e8me point, non moins important, \u00e0 savoir la mission de l\u2019\u00c9glise de \u00ab\u00a0sauver les \u00e2mes\u00a0\u00bb. C\u2019est ce que d\u00e9clare le Code de droit canonique dans son dernier canon, comme \u00e0 donner la clef de lecture de l\u2019ensemble du syst\u00e8me disciplinaire. Je pense qu\u2019il est important de le souligner. La grave responsabilit\u00e9 du salut des \u00e2mes \u2013 n\u2019oublions pas la grave affirmation de J\u00e9sus quand il d\u00e9crit la volont\u00e9 de Dieu\u00a0: \u00ab\u00a0que je ne perde rien de tout ce qu\u2019il m\u2019a donn\u00e9\u00a0\u00bb (Jn 6,39) \u2013 a conduit l\u2019\u00c9glise, dans le cadre de son histoire, \u00e0 prendre des mesures importantes dans la perspective du salut comme, par exemple, lorsqu\u2019elle a r\u00e9admis dans la communion de l\u2019\u00c9glise ceux qui avaient reni\u00e9 la foi (les soi-disant <em>lapsi<\/em>), ou encore quand elle permet d\u2019acc\u00e9der \u00e0 la communion, m\u00eame si l\u2019on est dans un \u00e9tat de p\u00e9ch\u00e9, mais que l\u2019on s\u2019engage \u00e0 se confesser d\u00e8s que possible, et aussi \u00e0 baptiser les enfants dans la foi de l\u2019\u00c9glise.<\/p>\n<p><em>\u00c9tant donn\u00e9 ces deux points, ces deux piliers, comment venir en aide \u00e0 ces fid\u00e8les divorc\u00e9s et remari\u00e9s qui ne peuvent pas revenir en arri\u00e8re ? Quels sont les chemins qui peuvent \u00eatre ouverts au sein de la communaut\u00e9 eccl\u00e9siale ? Comment concilier la v\u00e9rit\u00e9 et la mis\u00e9ricorde, sans cr\u00e9er de confusion et d\u2019\u00e9garement au sein du \u00ab\u00a0peuple de Dieu \u00bb ?<\/em><\/p>\n<p>L\u2019\u00c9glise ne peut pas proposer des choix alternatifs au message \u00e9vang\u00e9lique, ni m\u00eame \u00e9tablir un droit pour des cas individuels, en faisant appel \u00e0 une mis\u00e9ricorde g\u00e9n\u00e9rale qui ouvrirait la voie \u00e0 des formes de subjectivisme non r\u00e9glement\u00e9. En outre, il ne faut pas d\u00e9valoriser la valeur du sacrement du mariage, surtout en ce moment. Cela constituerait un dommage \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 elle-m\u00eame, alors qu\u2019elle est d\u00e9j\u00e0 pouss\u00e9e \u00e0 affaiblir tout lien conjugal solide par une culture qui est hostile \u00e0 la famille. Cependant, il est \u00e9vident que le texte synodal sugg\u00e8re de faire un pas en avant par rapport \u00e0 la fa\u00e7on dont l\u2019\u00c9glise a tenu ensemble jusqu\u2019\u00e0 ce jour la v\u00e9rit\u00e9 et la mis\u00e9ricorde. Il ne s\u2019agit pas de nier la tradition, mais, dans la fid\u00e9lit\u00e9, de l\u2019ouvrir \u00e0 de nouveaux d\u00e9veloppements.<\/p>\n<p>Je viens de le mentionner, cela est d\u00e9j\u00e0 arriv\u00e9 d\u2019autres fois, aussi bien sur le terrain de la th\u00e9ologie que de la morale. Une meilleure compr\u00e9hension du contenu de la doctrine est une partie int\u00e9grante de la tradition elle-m\u00eame. En effet, la Tradition n\u2019est pas un monolithe inerte. Elle est plut\u00f4t, au contraire, comme un talent qu\u2019il faut faire fructifier ; sa possession paresseuse est susceptible de nous rendre semblables \u00e0 ce serviteur qui, par crainte et certainement non pas par amour ou par z\u00e8le, le cache sous terre, en emp\u00eachant ainsi ce qui pourrait \u00eatre son d\u00e9veloppement souhaitable. Comment pouvons-nous penser de bloquer une vie qui doit cro\u00eetre et s\u2019\u00e9largir ? Il me semble que dans la discussion synodale a \u00e9merg\u00e9 un trac\u00e9 clair de marche \u00e0 suivre : \u00e0 savoir \u00e9viter \u00e0 la fois la fermeture totale que l\u2019ouverture indiscrimin\u00e9e. Il ne s\u2018agit donc pas de trouver une solution g\u00e9n\u00e9rale commune pour tous les divorc\u00e9s remari\u00e9s, dont la condition reste incoh\u00e9rente avec l\u2019\u00c9vangile. Mais de garder \u00e0 l\u2019esprit que l\u2019\u00c9glise est appel\u00e9e par son Seigneur lui-m\u00eame \u00e0 la <em>salus animarum<\/em>, et non pas seulement des fid\u00e8les \u00e0 plein titre, mais de tous, et donc \u00e0 accompagner avec patience et avec amour ceux qui demandent un soutien sur le chemin du salut. Par ailleurs, la tradition spirituelle sait bien que l\u2019\u00c9glise et l\u2019Eucharistie se comp\u00e9n\u00e8trent, et que l\u2019appartenance \u00e0 l\u2019\u00c9glise et la communion eucharistique peuvent \u00eatre s\u00e9par\u00e9es temporairement, mais non pas pour toujours. Et il faut garder \u00e0 l\u2019esprit ce que le Pape Fran\u00e7ois affirme dans <em>Evangelii Gaudium<\/em> : \u00ab L\u2019Eucharistie, m\u00eame si elle constitue la pl\u00e9nitude de la vie sacramentelle, n\u2019est pas un prix destin\u00e9 aux parfaits, mais un g\u00e9n\u00e9reux rem\u00e8de et un aliment pour les faibles. Ces convictions ont aussi des cons\u00e9quences pastorales que nous sommes appel\u00e9s \u00e0 consid\u00e9rer avec prudence et audace\u00a0\u00bb (47).<\/p>\n<p><em>En bref, il me semble qu\u2019\u00e0 votre avis, le Rapport final du Synode invite \u00e0 une audace dans la recherche, \u00e9tant donn\u00e9 le fait que si cette situation reste telle quelle, l\u2019on risque une certaine schizophr\u00e9nie spirituelle et pastorale.<\/em><\/p>\n<p>Sans aucun doute, dans la discipline actuelle de l\u2019\u00c9glise \u00e9mergent de nombreuses apories, qui r\u00e9clament une r\u00e9flexion plus attentive et une pastorale plus ad\u00e9quate. Je fais allusion \u00e0 certaines de ces anomalies. Est-il parfaitement lin\u00e9aire d\u2019affirmer, par exemple, que la vie chr\u00e9tienne s\u2019articule autour de la centralit\u00e9 de la c\u00e9l\u00e9bration des sacrements et en relatitvise ensuite l\u2019importance, en sugg\u00e9rant que les divorc\u00e9es peuvent toujours faire la communion spirituelle ? Ou encore\u00a0: est-il possible d\u2019\u00ab\u00a0appartenir \u00e0 la communaut\u00e9\u00a0\u00bb, tout en \u00e9tant exclu de fa\u00e7on stable de l\u2019Eucharistie et de la P\u00e9nitence ? Et quelle est la valeur des paroles prononc\u00e9es par J\u00e9sus pour les divorc\u00e9s remari\u00e9s, \u00e0 savoir \u00ab\u00a0Si vous ne mangez la chair du Fils de l\u2019homme et ne buvez son sang, vous n\u2019aurez pas la vie en vous \u00bb (Jn 6,53) ? Comment composer la fermet\u00e9 de ces paroles de J\u00e9sus avec celles de l\u2019\u00c9glise selon lesquelles les divorc\u00e9s remari\u00e9s font de toute fa\u00e7on toujours partie de la communaut\u00e9 chr\u00e9tienne ? Cela n\u2019est-il pas une anomalie que d\u2019interdire \u00e0 ces fid\u00e8les (bien s\u00fbr \u00e0 ceux qui le d\u00e9sirent et qui sont pr\u00e9par\u00e9s) d\u2019\u00eatre des cat\u00e9chistes s\u2019ils sont ensuite invit\u00e9s \u00e0 \u00e9duquer leurs enfants de fa\u00e7on chr\u00e9tienne ?<\/p>\n<p><em>Dans le texte synodal, l\u2019on parle explicitement d\u2019un chemin p\u00e9nitentiel pour faire acc\u00e9der les\u00a0 divorc\u00e9s remari\u00e9s \u00e0 la P\u00e9nitence et \u00e0 l\u2019Eucharistie, sur le mod\u00e8le des \u00c9glises orientales ou des premi\u00e8res communaut\u00e9s chr\u00e9tiennes. En quoi consiste concr\u00e8tement cette voie ou ce chemin p\u00e9nitentiel ? Comment serait-il mis en \u0153uvre dans l\u2019\u00c9glise ?<\/em><\/p>\n<p>Il s\u2019agit certainement d\u2019une voie \u00e0 parcourir et \u00e0 approfondir. Avec un groupe de th\u00e9ologiens pr\u00e9vu \u00e0 cet effet, de juristes et d\u2019experts en pastorale, nous sommes en train d\u2019\u00e9tudier cette perspective depuis quelques mois. Et nous offrirons bient\u00f4t \u00e0 tous les conclusions de cette recherche. Pendant ce temps, l\u2019on peut dire que la \u00ab\u00a0voie p\u00e9nitentielle\u00a0\u00bb qui est \u00e0 l\u2019hypoth\u00e8se ne pourra \u00eatre mise en \u0153uvre, de toute fa\u00e7on, que pour des cas particuliers et dans le cadre d\u2019un s\u00e9rieux chemin de vie chr\u00e9tienne. Donc, cela ne sera pas pour tous et ne se fera pas de fa\u00e7on indiscrimin\u00e9e, m\u00eame si c\u2019est ce que l\u2019attente de la part de la presse semble sugg\u00e9rer. Quoi qu\u2019il en soit, je parlerais plut\u00f4t d\u2019une <em>via discretionis<\/em>, \u00e0 savoir d\u2019un chemin de discernement qui implique \u00e9galement un chemin p\u00e9nitentiel. Cette voie doit avoir un caract\u00e8re \u00ab public \u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019elle doit \u00eatre accompagn\u00e9e par l\u2019\u00e9v\u00eaque ou par la personne que ce dernier a nomm\u00e9e. Cela me semble une \u00e9tape d\u00e9cisive, car il faut \u00e9viter tout subjectivisme. Dans ce cadre, il sera possible d\u2019\u00e9valuer les intentions du couple et les raisons qui l\u2019ont amen\u00e9 \u00e0 demander l\u2019acc\u00e8s \u00e0 cette voie. Dans tous les cas, il est essentiel \u2013 comme je l\u2019ai mentionn\u00e9 ci-dessus \u2013 que le couple divorc\u00e9 et remari\u00e9 qui se pr\u00e9sente soit achemin\u00e9 \u00e0 une int\u00e9gration dans la vie de la communaut\u00e9. Et, dans cette nouvelle vie, il sera accompagn\u00e9 dans un chemin de la v\u00e9rit\u00e9 afin de reconna\u00eetre les \u00e9ventuelles fautes en relation au mariage qui s\u2019est bris\u00e9. Le chemin aura des caract\u00e9ristiques p\u00e9nitentielles en cas d\u2019\u00e9videntes fautes personnelles qui pourraient surgir. S\u2019il s\u2019agit du conjoint innocent, la voie devra pr\u00e9voir un chemin qui m\u00e8ne au pardon et \u00e0 une authentique r\u00e9conciliation avec un pass\u00e9 charg\u00e9 de blessures. Je ne vous ferai part que de quelques br\u00e8ves remarques. Mais une chose est claire : il ne s\u2019agit pas de trouver une r\u00e8gle de base qui soit en mesure de nous dispenser de la grave responsabilit\u00e9 de prendre en charge des situations humaines et spirituelles souvent dramatiques et qui ne sont pas toujours faciles \u00e0 r\u00e9soudre.<\/p>\n<p><em>Quelles autres consid\u00e9rations pouvons-nous faire afin d\u2019\u00e9viter la mentalit\u00e9 commune d\u2019une \u00ab\u00a0mis\u00e9ricorde \u00e0 bon march\u00e9\u00a0\u00bb qui n\u2019a aucun engagement s\u00e9rieux de la part des croyants\u00a0?<\/em><\/p>\n<p>Cet itin\u00e9raire de discernement doit \u00eatre tr\u00e8s s\u00e9rieux. Il est important, par exemple, que l\u2019on comprenne bien les raisons qui ont port\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9chec du mariage et que l\u2019on prenne conscience que l\u2019on a trahi un commandement du Seigneur. Seulement alors il est possible de se r\u00e9concilier avec ce pass\u00e9, jusqu\u2019au pardon. Dans un tel itin\u00e9raire, l\u2019accompagnement de l\u2019\u00e9v\u00eaque, ou de la personne que ce dernier indiquera, est indispensable. Il est \u00e9vident que, concernant la valeur \u00e0 attribuer \u00e0 la seconde union, il n\u2019est pas possible de parler de sacrement parce que le sacrement reste celui qui a malheureusement \u00e9t\u00e9 bris\u00e9, tout en sachant bien que, de toute fa\u00e7on, l\u2019indissolubilit\u00e9 ne signifie pas l\u2019incorruptibilit\u00e9, dans le sens d\u2019une infaillibilit\u00e9 m\u00e9taphysique du r\u00e9sultat, \u00e0 savoir d\u2019une impossibilit\u00e9 physique de l\u2019\u00e9chec. Toutefois, l\u2019histoire de l\u2019\u00e9chec peut aussi s\u2019ouvrir, de fait, \u00e0 la mise en \u0153uvre d\u2019un lien d\u2019aide r\u00e9ciproque et de soin des enfants qui, m\u00eame s\u2019il est irr\u00e9gulier, fait preuve de contenus qui ont une valeur humaine, voire un engagement spirituel, que <em>Familiaris consortio<\/em> consid\u00e8re comme \u00e9tant dignes d\u2019\u00eatre gard\u00e9s, afin d\u2019\u00e9viter des dommages qui pourraient \u00eatre pires.<\/p>\n<p><em>Au cours de ces derni\u00e8res d\u00e9cennies, sur le plan th\u00e9ologique, plusieurs hypoth\u00e8ses de solutions au probl\u00e8me des divorc\u00e9s remari\u00e9s et \u00e0 leur acc\u00e8s aux sacrements ont \u00e9t\u00e9 soulev\u00e9es. Quelle est celle qui vous semble la plus appropri\u00e9e ?<\/em><\/p>\n<p>Il y a une pr\u00e9c\u00e9dente r\u00e9flexion et elle concerne la relation entre la foi des \u00e9poux et la c\u00e9l\u00e9bration du mariage. La question a \u00e9t\u00e9 pos\u00e9e par celui qui \u00e9tait alors le cardinal Ratzinger lorsqu\u2019il avait exhort\u00e9 \u00e0 l\u2019affronter sans d\u00e9lai : \u00ab\u00a0De nouvelles \u00e9tudes approfondies sont n\u00e9cessaires pour \u00e9claircir la question de savoir si des chr\u00e9tiens non croyants \u2013 des baptis\u00e9s qui n\u2019ont jamais cru ou ne croient plus en Dieu \u2013 peuvent vraiment contracter un mariage sacramentel\u00a0\u00bb. Avec cette affirmation, Ratzinger mettait en discussion la pratique qui distinguait un mariage valide d\u2019un mariage fructueux. La discipline actuelle estime que lorsque deux baptis\u00e9s croient en la valeur de la fid\u00e9lit\u00e9, de l\u2019indissolubilit\u00e9 et de la f\u00e9condit\u00e9, et qu\u2019ils ont l\u2019intention de faire ce que l\u2019\u00c9glise croit en c\u00e9l\u00e9brant le mariage, ils c\u00e9l\u00e8brent ainsi un sacrement valide. La f\u00e9condit\u00e9 pourra venir ensuite dans le temps, gr\u00e2ce \u00e0 la maturation d\u2019une foi et \u00e0 une conscience explicite, comme en fait cela arrive souvent. Devenu pape, Ratzinger a continu\u00e9 de r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 cette question. Ainsi, quelques semaines avant sa d\u00e9mission, en parlant aux Auditeurs de la Rote, il a d\u00e9clar\u00e9: \u00ab\u00a0Mais s\u2019il est important de ne pas confondre la question de l\u2019intention (de faire ce que l\u2019\u00c9glise entend) avec la foi personnelle des contractants, il n\u2019est pas possible de les s\u00e9parer compl\u00e8tement\u00a0\u00bb. Et, en citant Jean-Paul II, il d\u00e9clare : \u00ab Une attitude des fianc\u00e9s qui ne tient pas compte de la dimension surnaturelle du mariage ne peut le rendre nul que si elle en affecte la validit\u00e9 sur le plan naturel o\u00f9 se situe le signe sacramentel lui-m\u00eame \u00bb. \u00c0 la lumi\u00e8re de cette affirmation, le Pape Beno\u00eet d\u00e9veloppe une brillante r\u00e9flexion, en se demandant si, sans une ouverture \u00e0 Dieu, il est possible de vivre les exigences de ce m\u00eame mariage aussi bien naturel que sacramentel. Et il conclut : \u00ab Par cons\u00e9quent, on ne doit donc exclure la consid\u00e9ration qu&#8217;il puisse y avoir des cas dans lesquels, pr\u00e9cis\u00e9ment en raison de l&#8217;absence de foi, le bien des conjoints est compromis, c&#8217;est-\u00e0-dire exclu du consensus lui-m\u00eame\u00a0\u00bb. Ce sont des paroles pr\u00e9cises qui invitent \u00e0 parcourir encore le chemin de la recherche. Mais nous sommes encore dans la question de la validit\u00e9 ou non du sacrement c\u00e9l\u00e9br\u00e9.<\/p>\n<p>Il y a ensuite l\u2019hypoth\u00e8se de la <em>via discretionis<\/em>. Cette hypoth\u00e8se se d\u00e9place entre deux piliers auxquels on ne peut renoncer : d\u2019une part, celui de l\u2019indissolubilit\u00e9 de l\u2019unique mariage sacramentellement valide dans lequel l\u2019\u00c9glise se r\u00e9alise et se reconna\u00eet pleinement, et de l\u2019autre, celui de la responsabilit\u00e9 de l\u2019\u00c9glise pour le salut de ses enfants que le Seigneur a acquis au prix de son sang. Nous ne devons pas oublier que l\u2019\u00c9glise est surtout l\u2019administratrice et la distributrice de cette gr\u00e2ce, et non pas la r\u00e9gente de la foi que Dieu donne (2 Co 1, 24). Ces deux piliers doivent rester solides afin de soutenir la vo\u00fbte du pont. Dans ce contexte, il est possible d\u2019identifier les conditions pour mettre en \u0153uvre <em>un acte eccl\u00e9sial, exceptionnel et non arbitraire<\/em>, pour ceux qui, apr\u00e8s avoir reconnu leur faute d\u2019avoir briser l\u2019union et d\u2019\u00eatre en situation irr\u00e9guli\u00e8re, mais qui est d\u00e9sormais irr\u00e9versible, montrent cependant la volont\u00e9 sinc\u00e8re de <em>comprendre les raisons de l\u2019\u00c9glise<\/em> et ont l\u2019intention de <em>garder leur foi en J\u00e9sus-Christ<\/em>.<\/p>\n<p>Il s\u2019agit d\u2019un <em>acte eccl\u00e9sial<\/em> qui ne doit pas \u00eatre ni un second rite de mariage, ni une b\u00e9n\u00e9diction plus ou moins \u00e9quivalente. Cet <em>acte eccl\u00e9sial<\/em> devrait \u00eatre une sorte de \u00ab\u00a0Jubil\u00e9\u00a0\u00bb annuel symbolique de la gr\u00e2ce <em>gratis data, <\/em>que l\u2019\u00e9v\u00eaque conc\u00e8de \u2013 non pas de fa\u00e7on automatique \u2013 aux fid\u00e8les divorc\u00e9s et remari\u00e9s qui le demandent afin de soutenir la <em>p\u00e9nitence n\u00e9cessaire<\/em> et encourager <em>l\u2019adh\u00e9sion possible<\/em>. Il est \u00e9vident que demeurent les limites de leur appartenance \u00e0 l\u2019\u00c9glise et que, d\u2019une certaine mani\u00e8re, l\u2019\u00c9glise doit mettre en \u00e9vidence. Mais, en coh\u00e9rence avec le pr\u00e9cepte solennel que l\u2019\u00c9glise <em>prescrit pour tous<\/em>, l\u2019on pourrait leur conc\u00e9der de s\u2019approcher de la P\u00e9nitence et de la Communion sacramentelle \u00ab\u00a0au moins une fois par an\u00a0\u00bb, \u00e0 P\u00e2ques, selon la pratique du Jubil\u00e9 chr\u00e9tien.<\/p>\n<p>Le chemin de conversion de ces fid\u00e8les, qui demandent de progresser dans la s\u00e9quelle de J\u00e9sus, ne devrait pas \u00eatre un processus automatique, mais justement un itin\u00e9raire de conversion que l\u2019\u00e9v\u00eaque lui-m\u00eame \u2013 ou toute personne que ce dernier autorise \u2013 devrait \u00e9ventuellement \u00e9tablir en conc\u00e9dant une telle gr\u00e2ce, comme par exemple, m\u00eame \u00e0 la c\u00e9l\u00e9bration des sacrements de l\u2019initiation chr\u00e9tienne des enfants.<\/p>\n<p>Cet acte symbolique devrait pousser \u00e0 r\u00e9organiser l\u2019ensemble de la discipline sacramentelle et p\u00e9nitentielle m\u00eame par rapport \u00e0 d\u2019autres p\u00e9ch\u00e9s \u00ab\u00a0infamants\u00a0\u00bb (l\u2019avortement et l\u2019assassinat, la fraude syst\u00e9matique des travailleurs, la pratique habituelle de la violence familiale, la pratique mafieuse, ..) qui s\u2019opposent \u00e0 une r\u00e9ception digne de la Communion. Cet aspect de la pastorale est totalement ignor\u00e9 et, la duret\u00e9 dans un cas, et un v\u00e9ritable laxisme dans l\u2019autre, me semble vraiment incongrue.<\/p>\n<p>Je tiens \u00e9galement \u00e0 souligner que, dans l\u2019hypoth\u00e8se propos\u00e9e, c\u2019est l\u2019\u00c9glise qui accomplit le premier pas envers ces fr\u00e8res et s\u0153urs, en rappelant les paroles de saint Ambroise : \u00ab Comment celui qui souffre parce que son \u00e2me a faim, pourrait-il prier Dieu avec plus d\u2019insistance s\u2019il d\u00e9sesp\u00e9rait de recevoir jamais l\u2019aliment sacr\u00e9 ?\u00a0\u00bb. L\u2019\u00c9glise, comme le Bon Samaritain, se charge de ces fid\u00e8les qui ont des difficult\u00e9s \u00e0 marcher, en leur demandant de lui faire confiance et de r\u00e9fl\u00e9chir sur leur condition, tout en faisant confiance \u00e0 la maternit\u00e9 de l\u2019\u00c9glise. Combien de temps peut durer le chemin entre cette premi\u00e8re \u00e9tape et l\u2019\u00ab auberge \u00bb o\u00f9 l\u2019on peut se remettre en pleine sant\u00e9, seul le Seigneur le sait. Mais cela doit nous suffire. Cependant, nous ne pouvons pas laisser ces fid\u00e8les pendus \u00e0 une r\u00e8gle qui, de par sa nature, reste abstraite. Et il n\u2019est pas non plus sage de r\u00e9affirmer une norme tout en laissant que d\u2019\u00e9ventuelles solutions \u00ab cach\u00e9es \u00bb continuent de se d\u00e9velopper.<\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.vincenzopaglia.it\/index.php\/la-chiesa-e-i-divorziati-risposati-qualche-riflessione.html\"><em>versione italiana<\/em><\/a><\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Intervento al convegno \u201cFamilles: fragilt\u00e9s et Esp\u00e9rance\u201d promosso dalla Diocesi di Orl\u00e9ans. 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