{"id":17614,"date":"2013-07-10T13:03:37","date_gmt":"2013-07-10T11:03:37","guid":{"rendered":"http:\/\/www.vincenzopaglia.it\/?p=17614"},"modified":"2013-09-13T13:37:14","modified_gmt":"2013-09-13T11:37:14","slug":"la-famille-reve-et-ressource-de-la-societe","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.vincenzopaglia.it\/index.php\/la-famille-reve-et-ressource-de-la-societe.html","title":{"rendered":"La famille, r\u00eave et ressource de la soci\u00e9t\u00e9"},"content":{"rendered":"<p><em>Intervento al convegno \u201cLa famiglia, una risorsa per l\u2019umanit\u00e0 nella globalizzazione?\u201d<\/em><br \/>\n<em>Collegio dei Bernardini, a Parigi, 25 giugno 2013<\/em><\/p>\n<p>Le d\u00e9bat actuel sur la famille se concentre chaque jour davantage sur une question de fond\u00a0: la famille, entendue comme l\u2019union stable entre un homme et une femme et de leurs enfants (certaines \u00e9tudes l\u2019ont d\u00e9sign\u00e9e comme norme constitu\u00e9e), est-elle encore une ressource pour la personne et pour la soci\u00e9t\u00e9, ou bien est-elle seulement la survie du pass\u00e9 qui fait obstacle tant \u00e0 l\u2019\u00e9mancipation des individus qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9mergence d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 plus libre, plus \u00e9galitaire et plus heureuse\u00a0? C\u2019est une question qui n\u00e9cessite sans aucun doute un d\u00e9bat th\u00e9orique mais aussi un regard sur la situation historique de la famille d\u2019aujourd\u2019hui, et que l\u2019on pourrait dire aujourd\u2019hui de paradoxale. Il y a quelques ann\u00e9es, on parlait de la famille incertaine. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, en effet, on continue d\u2019attribuer aux liens familiaux une grande valeur, or il ne fait aucun doute qu\u2019il en soit ainsi\u00a0: m\u00eame avec toutes ses contradictions le d\u00e9sir d\u2019avoir une famille reste l\u2019une des plus grandes priorit\u00e9s de la majorit\u00e9 des personnes. De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, les liens se rel\u00e2chent, les ruptures conjugales sont toujours plus fr\u00e9quentes et entra\u00eenent l\u2019absence d\u2019un des deux parents\u00a0; les familles se dispersent, se divisent, se recomposent, et je suis d\u2019accord avec Xavier Lacroix lorsqu\u2019il \u00e9crit\u00a0: \u00ab\u00a0la d\u00e9flagration des familles est le premier probl\u00e8me de la soci\u00e9t\u00e9 moderne\u00a0\u00bb (De chair et de parole. Fonder la famille, Paris 2007).<\/p>\n<p dir=\"ltr\">Il est vrai qu\u2019il faut donner un juste poids \u00e0 une certaine diversification des mod\u00e8les de vie, comme il est tout aussi vrai que lorsque l\u2019on parle de famille, il nous vient \u00e0 l\u2019esprit un certain mod\u00e8le\u00a0: celui de la famille d\u2019o\u00f9 nous provenons, et qui a connu son apog\u00e9e \u2013 en tout cas en Europe et en Occident \u2013 durant la moiti\u00e9 du 20\u00e8me si\u00e8cle\u00a0: c\u2019est-\u00e0-dire une famille unie, souvent nombreuse, et dont les valeurs li\u00e9es \u00e0 l\u2019amour se recoupent \u00e0 ceux des institutions civiles. (L.Roussel, La famille incertaine, Paris 1989).<\/p>\n<p dir=\"ltr\">On dit que cette image n\u2019est plus la seule r\u00e9f\u00e9rence et que la soci\u00e9t\u00e9 ne lui est plus favorable. Pire encore, la multiplication des formes de famille est devenue chaque jour plus \u00e9vidente. Les individus peuvent \u00ab\u00a0faire famille\u00a0\u00bb de multiple mani\u00e8res, toute forme de \u00ab\u00a0vivre ensemble\u00a0\u00bb peut \u00eatre revendiqu\u00e9e comme une \u00ab\u00a0famille\u00a0\u00bb, l\u2019important \u2013 comme on dit \u2013 c\u2019est l\u2019amour. Dans ce contexte, la famille n\u2019est pas ni\u00e9e mais mise \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de nouvelles formes de vie et d\u2019exp\u00e9riences relationnelles qui sont apparemment compatibles avec elle, m\u00eame si en r\u00e9alit\u00e9 elle la d\u00e9p\u00e8ce, au point qu\u2019Henri L\u00e9ridon, le c\u00e9l\u00e8bre d\u00e9mographe fran\u00e7ais, dit\u00a0: \u00ab\u00a0notre soci\u00e9t\u00e9 n\u2019est pas en train d\u2019exp\u00e9rimenter de nouveaux mod\u00e8les mais est en train de piller le mod\u00e8le traditionnel\u00a0\u00bb (Le Figaro, 4 mai 2000).<\/p>\n<p dir=\"ltr\"><strong>Le nouveau contexte culturel<\/strong><\/p>\n<p dir=\"ltr\">C\u2019est dans ce nouveau contexte culturel qui s\u2019est install\u00e9e en France \u2013 et pas seulement \u2013 la question du \u00ab\u00a0Mariage\u00a0\u00bb pour tous. L\u2019\u00e9piscopat fran\u00e7ais \u2013 \u00e0 qui j\u2019ai voulu envoyer d\u00e8s le d\u00e9but le soutien du Conseil pontifical pour la Famille \u2013 a su aborder cette question avec intelligence, en promouvant une r\u00e9flexion et un d\u00e9bat qui soient le plus large possible. A la diff\u00e9rence d\u2019autres pays, ce d\u00e9bat a \u00e9t\u00e9 favoris\u00e9 tant au sein de la soci\u00e9t\u00e9 civile que du monde religieux, avec des interventions qui ont enrichi les argumentations en faveur de la famille avec des approfondissements dans des domaines nouveaux. Je pense par exemple aux argumentations de type philosophico-anthropologique de Sylviane Agacinski, qui rappellent comment la construction de la parentalit\u00e9 est li\u00e9e au mod\u00e8le biologique, et comment la division de l\u2019humanit\u00e9 entre hommes et femmes constitue une richesse plut\u00f4t qu\u2019une atteinte \u00e0 l\u2019\u00e9galit\u00e9\u00a0; elle d\u00e9nonce \u00e9galement la manipulation du langage op\u00e9r\u00e9e par ceux qui consid\u00e8rent m\u00eame comme un \u00ab\u00a0mariage\u00a0\u00bb une union au sein de laquelle n\u2019est plus pr\u00e9sente la division entre un p\u00e8re et une m\u00e8re, comme la psychanalyste Marie Balmary\u00a0; Sylviane Agacinski met donc en relief la difficult\u00e9 qui en d\u00e9rive chez l\u2019enfant dans son processus cognitif. Des organes de presse comme la revue Le D\u00e9bat, voire le quotidien Le Monde ont eux aussi particip\u00e9 au d\u00e9bat. Au-del\u00e0 de ce qui est arriv\u00e9 ensuite, c\u2019est une bonne chose que le d\u00e9bat et la r\u00e9flexion puissent dans l\u2019esprit de communiqu\u00e9 du Conseil permanant de la Conf\u00e9rence des \u00e9v\u00eaques de France.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">L\u2019implication de plusieurs mondes culturels et de foi n\u2019est pas sans importance. Du reste, la famille est un bien commun \u00e0 l\u2019humanit\u00e9 enti\u00e8re. Sa destruction ne concerne pas seulement le d\u00e9membrement d\u2019une forme sociale d\u00e9termin\u00e9e, il en va de la question \u00ab\u00a0de ce qu\u2019est l\u2019\u00eatre humain et de ce qu\u2019il faut faire pour \u00eatre de fa\u00e7on juste une personne humaine\u00a0\u00bb disait Beno\u00eet XVI.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">C\u2019est pour cela que dans l\u2019Eglise d\u2019aujourd\u2019hui, le mariage et la famille sont au centre de l\u2019attention. Dans les interventions publiques des derniers papes, tant dans la r\u00e9flexion th\u00e9ologique que dans la litt\u00e9rature spirituelle la valeur oblative et la f\u00e9condit\u00e9 de l\u2019amour conjugal sont expos\u00e9es de mani\u00e8re beaucoup plus claire que par le pass\u00e9\u00a0; elles sont d\u00e9crites comme une expression et une figure de l\u2019amour de Dieu, le reflet m\u00eame du myst\u00e8re trinitaire. Le bin\u00f4me repr\u00e9sent\u00e9 par le mariage et la famille est un des th\u00e8mes ardemment privil\u00e9gi\u00e9s, tant dans l\u2019enseignement du Magist\u00e8re que dans la d\u00e9marche pastorale. Il n\u2019en n\u2019a pas toujours \u00e9t\u00e9 ainsi, en tout cas sur le plan th\u00e9orique. Au contraire, sur le plan de l\u2019action pastorale une attention vigilante n\u2019a jamais manqu\u00e9e\u00a0: d\u2019une part l\u2019Eglise a accueilli la conception qu\u2019on avait du mariage et de la famille au cours des diff\u00e9rentes \u00e9poques historiques, en cherchant des les fixer avec un message \u00e9vang\u00e9lique. Mais c\u2019est n\u2019est pas le lieu d\u2019en parler ici.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">Je me permets de faire une seule mention \u00e0 cet \u00e9gard. Si nous regardons la p\u00e9riode post tridentine, \u2013 ainsi que le montrent les \u00e9tudes de Jedin, et de Reinhard, de Paolo Prodi (dont je ne cite ici que son livre Disciplina dell\u2019anima, disciplina del corpo e disciplina della societ\u00e0 fra medioevo e prima et\u00e0 moderna), mais aussi ceux de Zarri pour arriver au volume de Prosperi, Tribunali della coscienza \u2013 on se rend compte par exemple de la forte dimension disciplinaire men\u00e9e tant par les catholiques que par les protestants pour solidifier l\u2019institution familiale, vue comme le pilier de la soci\u00e9t\u00e9 europ\u00e9enne. Alors que dans les classes de propri\u00e9taires la famille \u00e9tait organis\u00e9e de mani\u00e8re rigide pour assurer la transmission du patrimoine, dans les classes les plus pauvres, en revanche, les hommes fuyaient le plus souvent leurs responsabilit\u00e9s par des unions r\u00e9p\u00e9t\u00e9es, laissant aux femmes seules la charge des enfants. La discipline a consist\u00e9 dans l\u2019obligation \u2013 souvent forc\u00e9e \u2013 d\u2019une r\u00e8gle valable pour tous qui responsabilisait aussi les classes les plus modestes\u00a0: le mariage, gr\u00e2ce \u00e0 la mise en place de nouvelles r\u00e8gles, ne pouvait \u00eatre qu\u2019un, et les p\u00e8res \u00e9taient ainsi renvoy\u00e9s \u00e0 leurs obligations familiales de mille et une mani\u00e8res. Et si une personne \u00e9tait surprise en train de jurer dans un bistrot, il \u00e9tait pr\u00e9sent\u00e9 devant le tribunal de l\u2019inquisition qui, dans un premier temps, v\u00e9rifiait l\u2019accomplissement de ses devoirs familiaux. Dans le cas, tr\u00e8s probable, que ces derniers laissaient \u00e0 d\u00e9sirer, le pr\u00e9venu \u00e9tait tenu \u2013 sous peine d\u2019arrestation \u2013 \u00e0 les am\u00e9liorer. Un contr\u00f4le analogue \u2013 cette fois faite par la communaut\u00e9 \u2013 \u00e9tait de mise chez les protestants, quand bien m\u00eame le mariage avait perdu sa valeur sacramentelle. Il \u00e9tait un pilier fondamental de la soci\u00e9t\u00e9. En Europe, \u00e0 cette \u00e9poque, il \u00e9tait clair que la famille, du moment o\u00f9 elle r\u00e9gissait le c\u0153ur des rapports interg\u00e9n\u00e9rationnels, ne pouvait \u00eatre con\u00e7ue comme un lien uniquement priv\u00e9. Et bien cette famille, nous pourrions dire qu\u2019elle a construit l\u2019Europe, et qui a permis de r\u00e9sister aux guerres et aux catastrophes naturelles. Elle a servi de levier et d\u2019amortisseur dans le d\u00e9collage industriel europ\u00e9en\u00a0: amortissant d\u2019une part les m\u00e9faits de l\u2019industrialisation et, d\u2019autre part, en favorisant par les sacrifices de ses membres l\u2019ascension sociale des g\u00e9n\u00e9rations les plus jeunes. Dit de mani\u00e8re extr\u00eamement synth\u00e9tique\u00a0: le mari-age et le patri-moine \u00e9taient intimement li\u00e9s\u00a0; en consid\u00e9rant naturellement la culture des valeurs et de la foi transmise d\u2019une g\u00e9n\u00e9ration \u00e0 l\u2019autre comme un patrimoine. Bien s\u00fbr, on pourrait ajouter que cette famille l\u00e0 \u00e9tait plus bas\u00e9e sur les n\u00e9cessit\u00e9s \u00e9conomiques et le devoir social que sur les sentiments, ce qui ne veut pas dire que ces-derniers n\u2019existaient pas, m\u00eame s\u2019ils \u00e9taient quelque peu effac\u00e9s par les exigences objectives de la survie.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">Au fil des si\u00e8cles pass\u00e9s jusqu\u2019\u00e0 quelques dizaines d\u2019ann\u00e9es, voire moins, la doctrine sur la famille, parce qu\u2019elle n\u2019\u00e9tait justement pas remise en question par l\u2019opinion publique, n\u2019avait fait l\u2019objet dans la Tradition catholique que d\u2019une attention implicite. La premi\u00e8re encyclique enti\u00e8rement d\u00e9di\u00e9e \u00e0 ce th\u00e8me est de L\u00e9on XIII (treize), il y a plus d\u2019un si\u00e8cle (Arcanum divinae sapientiae, 1880). D\u00e8s lors, et surtout durant les derniers pontificats, les documents se sont multipli\u00e9s en nombre et en qualit\u00e9. Il \u00e9tait devenu indispensable de mettre en rapport l\u2019inspiration \u00e9vang\u00e9lique avec les nouvelles cultures et les nouveaux choix, tant comportementaux que juridiques qui \u00e9mergeaient dans le vaste domaine du mariage et de la famille. C\u2019est ainsi qu\u2019a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9e en 1930 l\u2019encyclique Casti connubii de Pie XI, et qui affrontait pour la premi\u00e8re fois le probl\u00e8me de la procr\u00e9ation et du contr\u00f4le des naissances. Nous pouvons dire aujourd\u2019hui que la compr\u00e9hension de ce tr\u00e9sor de sagesse religieuse et humaine, que nous pouvons appeler \u00ab\u00a0l\u2019Evangile de la Famille\u00a0\u00bb est bien plus ample et plus profond que par le pass\u00e9. Du Concile Vatican II, il suffit de penser \u00e0 Gaudium et Spes, au magist\u00e8re de Paul VI, du bienheureux Jean-Paul II \u00e0 Beno\u00eet XVI\u00a0; le bagage doctrinal est vraiment extraordinaire. La sagesse de l\u2019Eglise, dans ses diff\u00e9rentes articulations, pousse \u00e0 reproposer \u00ab\u00a0l\u2019Evangile de la famille\u00a0\u00bb comme un des piliers de ce nouvel humanisme qui devient chaque jour d\u2019avantage plus urgent d\u2019introduire dans le monde globalis\u00e9 qui se trouve \u00e0 vivre un des passages les plus d\u00e9licats de son histoire.<\/p>\n<p dir=\"ltr\"><strong>Vers une soci\u00e9t\u00e9 individualiste<\/strong><\/p>\n<p dir=\"ltr\">Le poids croissant dans les soci\u00e9t\u00e9s occidentales de la libert\u00e9 individuelle, valeur dont nous devons tous \u00eatre naturellement orgueilleux, a eu cependant l\u2019effet de renforcer exag\u00e9r\u00e9ment l\u2019individualisme au d\u00e9triment des relations et des liens affectifs stables. Les espaces d\u2019autod\u00e9termination se sont aujourd\u2019hui tellement accrus qu\u2019ils ont modifi\u00e9 la nature m\u00eame des institutions qui structurent la vie sociale, et parmi lesquelles la famille. Le philosophe Gilles Lipovetsky, face \u00e0 une soci\u00e9t\u00e9 hyper consum\u00e9riste, parle avec beaucoup de perspicacit\u00e9 d\u2019une \u00ab\u00a0seconde r\u00e9volution individualiste\u00a0\u00bb caract\u00e9ris\u00e9e par la privatisation de la vie et par l\u2019autonomie des individus vis-\u00e0-vis des institutions collectives. C\u2019est une sorte de \u00ab\u00a0tyrannie des individus\u00a0\u00bb, comme le rel\u00e8ve Todorov (Les ennemis intimes de la d\u00e9mocratie), ou bien d\u2019\u00e9golatrie comme l\u2019affirme Giuseppe De Rita, un c\u00e9l\u00e8bre sociologue italien. L\u2019individualisation de la soci\u00e9t\u00e9 a comme cons\u00e9quence la d\u00e9sertification des rapports dans la soci\u00e9t\u00e9\u00a0; et le terrain dans lequel devrait cro\u00eetre l\u2019humain est devenu sableux, friable et inconsistant.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">On identifie les premi\u00e8res traces de cette tendance d\u00e8s les ann\u00e9es 70 lorsque l\u2019homme d\u00e9cida d\u2019\u00eatre l\u2019artificier de lui-m\u00eame (L\u2019homme de sable. Pourquoi l\u2019individualisme nous rend malades, 2011). Durant ces ann\u00e9es, on a eu la n\u00e9cessit\u00e9 de penser \u00e0 la croissance personnelle par des usages et des mani\u00e8res de vivre nouveaux, plus libres, et donc de devenir les artificiers de sa propre croissance. Mais la conviction d\u2019\u00eatre les seuls \u00ab\u00a0maitres de chantier\u00a0\u00bb de sa propre existence a pouss\u00e9 \u00e0 se d\u00e9tacher de toute relation avec les autres. Autour de ce processus d\u2019autod\u00e9termination, les techniques se sont multipli\u00e9es, les experts se sont mobilis\u00e9s et les marchands ont prolif\u00e9r\u00e9. Et voici qu\u2019aujourd\u2019hui, sous nos yeux, l\u2019immense march\u00e9 h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne de l\u2019\u00e9quilibre int\u00e9rieur, avec la mobilisation de nombreux corps professionnels qui utilisent diff\u00e9rentes formes de th\u00e9rapie ou de prises en charge. Tout est orient\u00e9 vers l\u2019affirmation de soi, au culte de soi, \u00e0 la r\u00e9alisation de soi et au bien-\u00eatre individuel, qui est devenu une norme contraignante et en m\u00eame temps une valeur.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">L\u2019imp\u00e9ratif de l\u2019autod\u00e9termination a donc pris la place des r\u00e8gles pass\u00e9es, mais l\u2019individu se retrouve d\u00e9sorient\u00e9 et moins s\u00fbr de lui-m\u00eame. On pourrait dire que nous sommes tous plus libres et autonomes, mais en m\u00eame temps tous plus seuls. En effet, la soci\u00e9t\u00e9 semble atomiser les individus en amas\u00a0: le je pr\u00e9vaux sur le nous, l\u2019individu sur la soci\u00e9t\u00e9, la solitude gagne chaque jour d\u2019avantage du terrain par rapport \u00e0 la communion, et les droits de l\u2019individu pr\u00e9valent sur ceux de la famille. Et c\u2019est pour cela que le Conseil pontifical pour la Famille a republi\u00e9 la Chartre des droits de la Famille, malheureusement penser que le triomphe de l\u2019individu ne pourra seulement se faire que sur les cendres fumantes de la famille est une opinion de plus en plus r\u00e9pandue. La famille vit une sorte de renversement, elle est \u00ab\u00a0une cellule de base de la soci\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb et est con\u00e7ue comme \u00ab\u00a0une cellule \u00e0 la base de l\u2019individu\u00a0\u00bb. Le couple est pens\u00e9 en fonction de lui-m\u00eame\u00a0: chacun cherche sa seule individualisation et non plus la cr\u00e9ation d\u2019un \u00ab\u00a0nous\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0d\u2019un sujet pluriel\u00a0\u00bb qui transcende les individualit\u00e9s sans les annuler, en les rendant au contraire plus authentiques, libres et responsables. Dans le premier cas de figure, le couple est tr\u00e8s fragile, alors que dans le second il trouve sa stabilit\u00e9. Malheureusement les structures sociales et culturelles semblent tendre vers la premi\u00e8re perspective que certains chercheurs d\u00e9finissent come \u00ab\u00a0l\u2019individualisme \u00e9mancipatif\u00a0\u00bb. Le je est le nouveau ma\u00eetre de la r\u00e9alit\u00e9, mais aussi de la famille. On comprend bien pourquoi dans un tel contexte, alors que sa conception est rest\u00e9e la m\u00eame pendant des si\u00e8cles, la famille ne trouve plus de d\u00e9bouch\u00e9 dans lequel s\u2019ins\u00e9rer alors qu\u2019elle est d\u00e9laiss\u00e9e dans sa vraie force et sa dignit\u00e9. Or la disparition de la culture familiale risque de conduire aussi \u00e0 la disparition de la sociabilit\u00e9 car la culture familiale s\u2019est amoindrie tout comme son r\u00f4le social. Bauman lui-m\u00eame dit\u00a0: \u00ab\u00a0Pour survire dans les m\u00e9galopoles contemporaines, les principales strat\u00e9gies ne s\u2019appuient pas sur le vivre en commun, mais sur l\u2019\u00e9viction de l\u2019autre et la vie de mani\u00e8re s\u00e9par\u00e9e\u2026\u00a0\u00bb. C\u2019est la crise de la sociabilit\u00e9 et de toutes les formes de vie communautaires connues jusqu\u2019ici\u00a0: celles historiques parties des masses populaires \u00e0 la cit\u00e9, jusqu\u2019\u00e0 atteindre la famille con\u00e7ue comme une dimension de l\u2019existence.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">A ce propos, les conclusions du chercheur italien Roberto Volpi font r\u00e9fl\u00e9chir quand \u00e0 l\u2019issue des donn\u00e9es statistiques du mariage en Italie. Alors que \u00ab\u00a0les mariages et la famille suivent des courbes d\u2019un avion en chute libre\u00a0\u00bb, ce scientifique souligne que le nombre de familles monoparentales form\u00e9es d\u2019une seule personne augmente et sont pass\u00e9es de 5,2 millions en 2001 \u00e0 7,2 millions en 2011. Cela signifie que la diminution des mariages religieux et civils ne s\u2019est pas transform\u00e9e en de nouvelles formes de vie commune, qui sont d\u2019ailleurs plus que fragiles, mais dans une augmentation du nombre de personnes qui ont choisi de vivre seule. Cela revient \u00e0 dire que toute forme de lien durable est ressenti comme une chose insupportable. Il s\u2019agit certainement l\u00e0 d\u2019un processus complexe \u2013 en Italie et au sein du continent europ\u00e9en \u2013 mais il semblerait que l\u2019on se dirige vers une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9-familiaris\u00e9e. L\u2019effondrement des unions ne se traduit pas par l\u2019augmentation de diff\u00e9rents mod\u00e8les de familles, mais bien par un plus faible besoin de familles, et par une croissance du nombre de personnes qui choisissent de vivre seule. En France, on a calcul\u00e9 qu\u2019aujourd\u2019hui une personne sur trois a choisi de vivre seule, alors qu\u2019il y a quarante ans la moyenne \u00e9tait d\u2019une sur dix (Patrick Festy, in Commentaire, 2013, n\u00b0 142, 289). D\u2019ailleurs, l\u2019exaltation de l\u2019individu, lib\u00e9r\u00e9 de tout lien, ne peut que conduire \u00e0 la pulv\u00e9risation de la soci\u00e9t\u00e9, et \u00e0 l\u2019effritement de toute forme de lien solide et p\u00e9renne.<\/p>\n<p dir=\"ltr\"><strong>La famille de nouveau au centre<\/strong><\/p>\n<p dir=\"ltr\">De l\u00e0 na\u00eet l\u2019urgence de redonner \u00e0 la famille sa dignit\u00e9 culturelle et son r\u00f4le central dans la soci\u00e9t\u00e9. Elle doit \u00eatre ramen\u00e9e au c\u0153ur du d\u00e9bat, au centre de la vision politique, \u00e9conomique et aussi de la communaut\u00e9 chr\u00e9tienne. La soci\u00e9t\u00e9 globalis\u00e9e pourra trouver un futur civilis\u00e9 seulement dans la mesure o\u00f9 elle sera capable de promouvoir une culture de la famille, repens\u00e9e comme le lien vital qui unit le bonheur de la sph\u00e8re priv\u00e9 avec celui de la sph\u00e8re publique. En tout \u00e9tat de cause, la famille n\u2019est pas morte, elle reste m\u00eame, malgr\u00e9 le moment tr\u00e8s difficile qu\u2019elle est en train de traverser, le ressource la plus importante dont dispose la soci\u00e9t\u00e9 contemporaine. Elle est une ressource parce qu\u2019elle cr\u00e9e des biens de relation qu\u2019aucune autre forme de vie ne peut cr\u00e9er. La famille est unique dans sa capacit\u00e9 \u00e0 g\u00e9n\u00e9rer les relations. Son g\u00e9nome ne cesse d\u2019exister car il est ce qui humanise le plus la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">Cette affirmation trouve sa v\u00e9rification dans les recherches empiriques, qui montrent toutes que la famille demeure le premier souhait dans l\u2019absolu chez les personnes interrog\u00e9es. Pour ces derni\u00e8res, la famille est un lieu de s\u00e9curit\u00e9, de refuge et de soutien \u00e0 sa propre vie. En Italie, pas moins de 80% des jeunes en \u00e2ge de se marier d\u00e9clarent pr\u00e9f\u00e9rer le mariage civil ou religieux quel qu\u2019il soit, et seulement 20% optent pour le concubinage. Or au sein de ces 20%, il semble que seulement 3% consid\u00e8re le concubinage comme un choix d\u00e9finitif, tandis que 17% le consid\u00e8re comme une transition en attente de se marier. En France, 77% des jeunes d\u00e9sirent construire leur propre vie de famille en restant avec la m\u00eame personne toute leur vie. Ce pourcentage monte \u00e0 84% chez les jeunes dont l\u2019\u00e2ge est compris entre 18 et 24 ans. La stabilit\u00e9 conjugale reste par cons\u00e9quent une valeur importante et demeure une aspiration profonde, m\u00eame si la conviction de pouvoir rester ensemble \u00ab\u00a0pour toujours\u00a0\u00bb a culturellement de moins en moins de dignit\u00e9, pire on consid\u00e8re que cela rel\u00e8ve de l\u2019impossible.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">La famille reste donc la ressource la plus pr\u00e9cieuse pour la soci\u00e9t\u00e9, le lieu o\u00f9 l\u2019on apprend l\u2019importance d\u00e9cisive du sens du nous pour la construction et le maintien d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 plus juste et plus solidaire. C\u2019est au sein m\u00eame de la famille que la soci\u00e9t\u00e9 trouve sa continuit\u00e9 dans la venue au monde des enfants, et donc le lien des relations entre les g\u00e9n\u00e9rations. Dans ce sens, il n\u2019est pas de bonne politique de n\u2019avoir qu\u2019un seul enfant. Si ce ph\u00e9nom\u00e8ne prend de l\u2019ampleur, que deviendront dans quelques ann\u00e9es les mots \u00ab\u00a0fr\u00e8re\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0s\u0153ur\u00a0\u00bb\u00a0? Malheureusement, de nombreuses publications consid\u00e8rent comme positives de telles prospectives (One and Only \u2013 seul et seulement) ou bien encore celle de ne pas avoir d\u2019enfant (voir E. Rosci, La maternit\u00e0 pu\u00f2 attendere. Perch\u00e9 si pu\u00f2 essere donna senza essere madre, Milano 2013 \u2013 La maternit\u00e9 peut attendre\u00a0; parce qu\u2019on peut \u00eatre femme sans \u00eatre m\u00e8re). Pr\u00e9tendre que le mariage entre n\u2019importe qui est possible parce qu\u2019il y a de l\u2019amour, veut dire ne rien avoir compris \u00e0 la diff\u00e9rence \u00e0 l\u2019amour conjugal qui inclut le fait de pouvoir engendrer.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">D\u2019un point de vue historique, nous nous trouvons aujourd\u2019hui sur le tranchant de la lame, entre deux rives anthropologiques. Pour faire simple, on pourrait dire que d\u2019un c\u00f4t\u00e9 il y a l\u2019affirmation biblique\u00a0: \u00ab\u00a0il n\u2019est pas bon que l\u2019homme soit seul\u00a0\u00bb \u2013 et d\u2019o\u00f9 la famille tire son origine \u2013\u00a0; et de l\u2019autre, son oppos\u00e9 parfait, c\u2019est-\u00e0-dire\u00a0: \u00ab\u00a0il est bon pour l\u2019individu d\u2019\u00eatre seul\u00a0\u00bb. Le moi, l\u2019individu absolu, d\u00e9barrass\u00e9 de tout lien, est oppos\u00e9 au nous. Or la famille, fondement du dessein de Dieu pour l\u2019humanit\u00e9, est devenue la pierre sur laquelle tr\u00e9buche l\u2019individualisme, et qui doit donc \u00eatre pour le moins \u00e9viter, voire d\u00e9truite. En d\u00e9pit de toutes les attaques, la famille reste solide en raison de ses forces int\u00e9rieures, vue qu\u2019elle tire ses origines de la Cr\u00e9ation. Il n\u2019existe pas d\u2019institution qui puisse se substituer ou faire aussi bien que la famille\u00a0; elle est un id\u00e9al qui requiert de la stabilit\u00e9, et c\u2019est pour cela qu\u2019elle doit \u00eatre sans cesse repropos\u00e9e et se perp\u00e9trer. C\u2019est l\u00e0 un des points cardinaux de ce nouvel humanisme que nous sommes appel\u00e9s \u00e0 imaginer et \u00e0 construire au commencement de ce nouveau mill\u00e9naire.<\/p>\n<p dir=\"ltr\"><strong>La famille, une ressource pour la soci\u00e9t\u00e9<\/strong><\/p>\n<p dir=\"ltr\">Je me permet de synth\u00e9tiser maintenant les donn\u00e9es de certaines recherches qui montrent concr\u00e8tement combien la famille reste encore aujourd\u2019hui un des piliers fondamental et incontournable de la vie en soci\u00e9t\u00e9. L\u2019analyse des trois cat\u00e9gories de familles\u00a0: celle compos\u00e9e d\u2019un p\u00e8re d\u2019une m\u00e8re et de leurs enfants (famille norme constitu\u00e9e), l\u2019autre compos\u00e9e de parents sans enfant, et enfin la derni\u00e8re form\u00e9e d\u2019un parent seul avec enfant montre la force unique de la premi\u00e8re typologie de famille. La famille porte encore aujourd\u2019hui en elle ce g\u00e9nome que d\u00e9j\u00e0 Cic\u00e9ron d\u00e9crivait comme\u00a0: familia est principium urbis e quasi seminarium rei pubblicae (la famille est le principe de la cit\u00e9 et l\u2019\u00e9cole de la citoyennet\u00e9). Or il est int\u00e9ressant de noter que dans Gaudium et spes il est \u00e9crit que \u00ab\u00a0la famille est en quelque sorte une \u00e9cole d\u2019enrichissement humain\u00a0\u00bb (Familia schola quaedam uberioris humanitatis est). Mettre entre parenth\u00e8se, ou r\u00e9duire la famille signifie rendre les individus faibles et \u00e0 les assister, au lieu d\u2019en faire des acteurs qui g\u00e9n\u00e8rent et r\u00e9g\u00e9n\u00e8rent le capital humain et social de la soci\u00e9t\u00e9 m\u00eame. La force unique de la famille \u2013 comme le montrent les r\u00e9sultats de notre enqu\u00eate \u2013 peut se d\u00e9cliner selon quatre groupes.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">Le couple et le mariage. Le fait de se marier offre une valeur ajouter, tant aux personnes qu\u2019\u00e0 la soci\u00e9t\u00e9. Le contrat de mariage am\u00e9liore la qualit\u00e9 des relations au sein du couple avec d\u2019importantes cons\u00e9quences positives (biologique, psychologique, \u00e9conomique et sociale), tant pour les enfants que pour les adultes. La simple cohabitation n\u2019\u00e9quivaut pas au mariage\u00a0: elle rend en pratique les relations plus instables, et cr\u00e9e une incertitude accrue pour la vie des enfants. La stabilit\u00e9 dans les relations familiales appara\u00eet comme un bien pr\u00e9cieux sans lequel tous les membres de la famille se sentiraient en danger. La stabilit\u00e9 est fondamentale pour une bonne int\u00e9gration sociale des enfants.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">Les relations entre les g\u00e9n\u00e9rations. Les familles cr\u00e9ent les liens de solidarit\u00e9 entre les g\u00e9n\u00e9rations, et davantage et mieux que toute autre forme de vie. Les enfants qui vivent avec leurs propres parents jouissent d\u2019une meilleure sant\u00e9 physique et psychologique\u00a0; de plus, ils ont une plus grande esp\u00e9rance de vie par rapport \u00e0 ceux qui vivent dans des contextes diff\u00e9rents. Les enfants des couples mari\u00e9s, arriv\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e2ge de l\u2019adolescence, ont moins de risque d\u2019adopter des comportements d\u00e9viants (comprenant l\u2019abus d\u2019alcool et de drogues) par rapport aux enfants de parents seuls, de concubins, ou de parents s\u00e9par\u00e9s. Par exemple, dans les prisons pour mineurs, 75% des jeunes proviennent de famille sans p\u00e8re.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">Famille et travail. Les mani\u00e8res de se rapporter au monde du travail sont tr\u00e8s diff\u00e9renci\u00e9es\u00a0: il y des couples o\u00f9 un seul travaille pendant que l\u2019autre s\u2019occupe des enfants \u00e0 la maison\u00a0; il y a des couples qui choisissent un travail \u00e0 temps plein pour l\u2019un et un temps partiel pour l\u2019autre\u00a0; d\u2019autres encore qui choisissent la double carri\u00e8re. Dans tous les cas de figure, la famille reste une ressource pour le monde du travail, bien plus que le contraire\u00a0: dit en d\u2019autres termes, le monde du travail \u00ab\u00a0profitte\u00a0\u00bb de la ressource-famille sans tenir compte assez des exigences de la vie familiale. D\u2019o\u00f9 les grandes difficult\u00e9s des familles, sp\u00e9cialement celles compos\u00e9es de plusieurs enfants, \u00e0 harmoniser la vie familiale avec la vie professionnelle. Il est urgent de repenser le rapport entre l\u2019organisation du travail et la famille.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">Famille et capital social. La famille est la premi\u00e8re source du capital social des soci\u00e9t\u00e9s. Le capital social r\u00e9side dans les relations de confiance, de coop\u00e9ration et de r\u00e9ciprocit\u00e9 que la famille cr\u00e9e, tant en son propre sein (dit capital social bonding), que dans ses relations ext\u00e9rieures, c\u2019est-\u00e0-dire dans les liens de parent\u00e9, de voisinage, d\u2019amiti\u00e9, et de vie associative (capital social bridging). Un tel capital social et familial est \u00e0 la base des vertus sociales (et pas seulement individuelles). En r\u00e9sum\u00e9, la famille est \u00e0 la source de valeurs sociales ajout\u00e9es, non seulement dans la mesure o\u00f9 elle \u00e9duque de mieux qui quiconque les personnes sous l\u2019angle de leur propre sant\u00e9 et de leur bien-\u00eatre, mais aussi et surtout en tant qu\u2019elle engendre un tissu social, ou plut\u00f4t une sph\u00e8re civile et publique, qui requi\u00e8re des valeurs et des r\u00e8gles de vie humaine\u00a0; en cela la famille promeut donc le bien commun.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">Tout ceci montre avec encore plus d\u2019\u00e9clat les familles dans lesquelles sont pr\u00e9sents des personnes particuli\u00e8rement vuln\u00e9rables. Dans ces familles l\u00e0, se d\u00e9veloppent des vertus sp\u00e9ciales qui potentialisent les capacit\u00e9s de force (empowerment) et de r\u00e9silience (resilience), ainsi que le d\u00e9finissent certaines \u00e9tudes. D\u00e9coulent de ces vertus des avantages sociaux que la famille avec des membres handicap\u00e9s ou pas autonomes offre \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9. Elle est cette passion en plus sans laquelle rien ne serait possible. Un autre exemple de familles qui engendrent des b\u00e9n\u00e9fices pour la soci\u00e9t\u00e9 enti\u00e8re nous provient de celles qui adoptent, ou d\u2019 accueil, c\u2019est l\u00e0 un ph\u00e9nom\u00e8ne extraordinaire de g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 pour combattre des situations de solitude am\u00e8re. On pourrait ajouter beaucoup d\u2019autres exemples, mais ces derniers m\u2019apparaissent d\u00e9j\u00e0 suffisants pour souligner combien la famille est aujourd\u2019hui une ressource extraordinaire pour notre soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p dir=\"ltr\"><strong>L\u2019utopie chr\u00e9tienne<\/strong><\/p>\n<p dir=\"ltr\">La famille chr\u00e9tienne accueille et exalte le vaste dessein d\u2019amour et de communion de Dieu sur le monde qui na\u00eet justement de la famille. C\u2019est la vision que les Saintes Ecritures nous montrent et que le Concile Vatican II a repropos\u00e9 \u00e0 l\u2019attention des croyants et de tous les hommes avec force. La Bible fait commencer l\u2019histoire humaine avec la famille de nos anc\u00eatres Adam et Eve et de leurs fils\u00a0; et elle fait s\u2019achever l\u2019histoire de l\u2019existence humaine \u2013 ainsi que l\u2019ont indiqu\u00e9 les proph\u00e8tes et le Livre de l\u2019Apocalypse \u2013 avec la famille des peuples r\u00e9unis autour du seul P\u00e8re dans la J\u00e9rusalem c\u00e9leste. C\u2019est dans cette histoire de communion que s\u2019inscrivent de mani\u00e8re tr\u00e8s originale le mariage et la famille chr\u00e9tienne. Dans l\u2019Eglise, la famille est \u00e9lev\u00e9e au niveau de sacrement parce qu\u2019elle est inscrite de mani\u00e8re solide dans la sup\u00e9riorit\u00e9 du nous, autrement dit, dans la r\u00e9alisation du vaste dessein de Dieu sur le monde. Je n\u2019ai pas parl\u00e9 \u00e0 cette occasion de la grandeur du mariage et de la famille chr\u00e9tienne. Il suffit pour cela de se reporter aux paroles de l\u2019ap\u00f4tre Paul qui parle de ce \u00ab\u00a0grand myst\u00e8re\u00a0\u00bb, celui du lien qui unit le Christ \u00e0 l\u2019Eglise. Ainsi enrichie et renforc\u00e9e, la famille chr\u00e9tienne non seulement est appel\u00e9e \u00e0 ne pas se replier sur elle-m\u00eame, \u2013 comme le persistant virus individualiste l\u2019y pousse \u2013 mais elle est encourag\u00e9e et soutenue dans l\u2019\u00e9largissement de ses horizons \u00e0 participer, en tant que famille, \u00e0 la mission m\u00eame de l\u2019Eglise \u00e0 \u00eatre \u00ab\u00a0le signe et le moyen de l\u2019union intime avec Dieu et de l\u2019unit\u00e9 de tout le genre humain\u00a0\u00bb. C\u2019est le r\u00eave de Dieu pour l\u2019humanit\u00e9.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Intervento al convegno \u201cLa famiglia, una risorsa per l\u2019umanit\u00e0 nella globalizzazione?\u201d Collegio dei Bernardini, a Parigi, 25 giugno 2013 Le d\u00e9bat actuel sur la famille se concentre chaque jour davantage sur une question de fond\u00a0: la famille, entendue comme l\u2019union stable entre un homme et une femme et de leurs enfants (certaines \u00e9tudes l\u2019ont d\u00e9sign\u00e9e [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":18032,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-17614","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-interventi"],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/www.vincenzopaglia.it\/wp-content\/uploads\/2013\/07\/v3_s2ew_consultazione.redir_allegati_doc1.jpg","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.vincenzopaglia.it\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/17614","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.vincenzopaglia.it\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.vincenzopaglia.it\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.vincenzopaglia.it\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.vincenzopaglia.it\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=17614"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.vincenzopaglia.it\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/17614\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.vincenzopaglia.it\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/18032"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.vincenzopaglia.it\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=17614"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.vincenzopaglia.it\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=17614"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.vincenzopaglia.it\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=17614"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}